Saint-Lunaire et les mystères de l'existence

Variations imprévisibles sur l'existence et ses produits dérivés.

samedi 17 février

Signe fort

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Pour exprimer l'indicible rien ne vaut la mixité grammaticale.

C'est pourquoi, quand je suis très énervé,  il m'arrive d'écrire en arabinois.

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mardi 13 février

Les pavés de Bruxelles

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Pavés de Bruxelles véritables, d'après Richard Carlier.


Ce que j’aime bien là-bas, avec les pavés, c’est qu’il y a des choses qui poussent, entre.

Oh c’est pas des bien grandes choses, tenez.

C’est d’ la fleurette de ville, qui se conte mêm’ pas aux filles, tant elle fait peine à voir.

C’est des fois d’ la brindille sans même une fleur au bout, qu’on sait pas d’où elle vient, mais qui s’ trouve là quand même, et pis qui s’y trouve bien.

Ou bien c’est des p’tits sous, avec des éclats d’or, enfin on croit qu’ c’est de l’or, mais c’est rien qu’un bout d’ cuivre, mais bon, ça vaut d’ l’argent, et puis au moins ça brille, un peu comme le diamant sur les pavés d’Anvers.

Oui, mais là c’est Bruxelles, alors ça brille plus fort. Parce que ça brille aussi des pas qui sont v’nus là, tous ces talons pointus, et tous ces souliers plats, qui v’naient prom’ner un peu entre les gouttes de pluie des songeries d’amoureux. Alors ça brille encore.

Et puis des fois y a rien, rien qu’un espace disjoint.

Mais c’est just’ pour l’instant, parce qu’on sait pas demain, y aura bien un coup d' vent, y aura bien un’ brindille, un’ fleurette, un p’tit sou, ou même un talon d’ fille.

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vendredi 02 février

La faille

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Certains d'entre vous l'auront remarqué, la précédente note datait du mardi 1er février, et nous sommes aujourd'hui vendredi 2 février.

Le mercredi et le jeudi ont disparu.

D'un certain côté, c'est assez logique: puisque le 1 était le mardi, et le 2 le vendredi, on ne voit pas bien quel chiffre on aurait pu leur donner, au mercredi et au jeudi de cette semaine. Et un jour de semaine sans date, comment le distinguer des autres ? Alors bon.

D'un autre côté on peut se demander pourquoi le 2 était un vendredi au lieu d'un mercredi. Sans doute une erreur quelque part. Dans le logiciel de calcul des dates du blog par exemple, qui se serait un peu emmêlé les octets, déjà qu'il y a les années bissextiles, parfois, en février...

Si l'on ne se satisfait d'aucune des explications précédentes, on est évidemment obligé de considérer l'hypothèse de la faille temporelle. La réalité serait alors que le mercredi et le jeudi de cette semaine n'auront pas été retenus dans l'histoire de l'univers. Quelqu'un les aura fait disparaître de l'agenda général, soit parce qu'il aura eu quelque chose à dissimuler, soit pour faire une expérience et vérifier si ça se remarque, soit tout simplement en manière de farce.

Mais la réalité est bien plus effrayante.

Entre ce 1er et ce 2 février se sont écoulés deux ans.
(Merci au passage à celles et ceux qui sont venus déposer de jolies fleurs sur ma dernière note.)

Oui, deux ans.

Alors bien sûr, une question vient aux lèvres: pourquoi ?
Et plusieurs autres, ensuite: pourquoi partir, déjà ? Pourquoi revenir, surtout ? Et pourquoi maintenant, en plus ?
Mais j'y ai déjà répondu mercredi ou jeudi, je crois bien.

Et puis de toute façon, pour l'instant il n'y a encore personne. C'est à peine si j'ai ouvert les volets. Faut que j'aère.

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mardi 01 février

Au delà de la septième note

Complétez habilement la série suivante par au moins une note, et justifiez.

Do  ré  mib  sol  do(+8)  si  fa  xx ?

A vos claviers.

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jeudi 27 janvier

Calme ultime



Bateaux, de Piotr Kowalik.

On aurait presque une impression de fin de dimanche anglais, où même les bateaux s'ennuient.
S'il n'y avait au loin ce ciel étonnamment sombre, tout de même.

Alors, orage, incendie, nuée ardente, nul ne l'a jamais su.
On peut simplement constater que, ce jour-là, les barques s'étaient peureusement rapprochées.

Note: cette photo est la dernière qui nous soit parvenue de cet endroit.

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mercredi 26 janvier

Affaires classées

Hier soir, j'ai rangé mon bureau.

J'ai pris les documents qui s'accumulaient en piles instables à ma gauche et je les ai fait passer à ma droite.

Ce geste rare, puisqu'annuel, constitue un transfert de responsabilité de la zone "en attente de classement" à gauche, à la zone "classés" à droite.

Or la zone "classés " doit être vide. C'est la seule règle de la zone "classés". Ceci requiert donc un classement vertical immédiat. Mais un classement réfléchi tout de même. Il suffit de se poser pour chaque document la question suivante: que se passe-t-il si je le jette ? Etrangement, la réponse est souvent: ben rien, tiens !

Par exemple, vous prenez une facture et vous la jetez, il ne se passe rien. Au pire, si vous ne l'avez pas payée, vous recevez une relance, et puis c'est tout. Autant dire rien, donc.

Dans ces conditions, le classement vertical s'opère assez rapidement, c'est l'affaire d'une petite heure, pas plus.

J'ai donc un bureau net, ce qui donne une énergie nouvelle, pour deux raisons.
- il n'y a plus de classement à faire avant un an
- je peux poser mon café à gauche sans risquer de le renverser.

Cela dit, quand il se renverse, ça a un avantage: les documents illisibles, je les jette tout de suite.

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mardi 25 janvier

Gel instantané



Un autre exemple du Canada d'Etolane, et des conséquences de ses grands froids à -35°.

C'est vrai qu'ils "sont faits forts, les québécois de campagne" comme elle dit.

Un petit quelque chose des marins du port d'Amsterdam, aussi ?
Ah non, eux, dans les étoiles ils se mouchaient, juste.

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lundi 24 janvier

La preuve

L'autre jour, en rentrant de la boulangerie, je suis tombé sur un opuscule mathématique traitant de choses complexes avec simplicité, comme souvent lorsque c'est écrit par un grand esprit.

A un détour de paragraphe, l'auteur y compare en une ligne les forces respectives des preuves mathématiques et juridiques.

Chacun le sait, les maths ont ceci de rassurant que nul ne peut construire sans preuve. La preuve est ce qui permet de lier une brique aux précédentes. Sans ce ciment logique, un mur de certitudes est instable et s'écroule au premier soupir, comme la maison des deux premiers petits cochons.

En mathématiques, une seule preuve suffit. Mais elle doit être aboutie. Une infinité de demi-preuves, ou d'indices concordants, ne prouve rien du tout. Cette prudence fait que certaines assertions a priori évidentes peuvent rester non démontrées pendant des siècles si nécessaire. On les appelle alors des conjectures. Des trucs admis mais pas encore prouvés, faute d'astuce peut-être, ou surtout, faute d'outils.

En revanche, la justice se devant d'être non pas expéditive mais au moins expédiée avant l'extinction, de vieillesse, des coupables présumés, il semble nécessaire de se contenter de preuves incomplètes pour autant qu'elles soient alors nombreuses, et d'un jugement conjectural, justement, faute de mieux.

Ainsi, pour les rigoureuses contraintes de l'esprit, la preuve est indispensable.
Mais pour exercer une contrainte par corps, ou un simple jugement, on se contente d'indices concordants et d'une intime conviction.
Quant à notre troisième part, l'âme et sa béatitude ultérieure, c'est encore plus simple: pas besoin de preuve, même pas besoin d'indice, il suffit juste d'y croire.

Voilà pourquoi il y a si peu de mathématiciens, tant de juges, et toutes ces brebis.

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lundi 17 janvier

Vents étrangers



Bon tout le monde a vu Titan ces jours-ci, mais avez-vous entendu, pendant la descente de Huygens dans le brouillard empoisonné de l'atmosphère, les sons des vents étrangers ?
 
Ca ressemble à du vent de chez nous, avec un petit côté sauvage, en plus.

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jeudi 13 janvier

Chbonk

Des voix, des dizaines de voix, peut-être.
- Ne bougez pas. Restez allongé. Des collègues arrivent, on va vous emmener. Vous savez quel jour on est aujourd'hui ? Vous pouvez me le dire ? Dites-le ? D'accord. Vous avez mal où ? Et puis ? Vous avez perdu connaissance ? Vous avez mal où sinon ? Vous sentez vos bras, vos jambes ? Vos jambes, vous pouvez bouger vos jambes ? Bon. Non ne bougez pas. On va vous retirer votre casque et puis on va vous transporter. Oh là, vous avez pris la taille serrée, vous. Voilà.

Etrangement, un visage familier un instant s'approche.
- T'inquiète pas elle a rien, je la fais mettre à l'atelier pour le passage de l'expert.

D'autres voix, encore, d'autres visages attentifs.
- Désolé, mais on va être obligé de découper votre col coupe-vent. Voilà. Tiens, donne-moi le collier cervical, toi. Voilà. On va vous transférer sur un brancard, maintenant. Bon prêts à lever les gars ? On lève. On referme. Doucement. Ca va vous serrer mais c'est fait pour. Allez, on le monte.

Dans le fourgon, il fait presque plus froid que dehors.
- Il est dedans ? Bonjour monsieur, vous avez des papiers ? Approchez-vous si vous voulez qu'il vous voie. Dans la poche de votre blouson ? Je vais les prendre, ne bougez pas. Vous vous souvenez des circonstances ? Vous rouliez à quelle allure ? C'était un déplacement privé ou travail ? Vous exercez quelle profession ? Il faudra qu'il souffle aussi, il pourra ? Sinon il faudra faire une prise de sang. Tenez, soufflez s'il vous plaît. Allez, on y est presque. Bon, 0, parfait. Je termine avec la déposition de la voiture et je reviens... On va attendre ici la fin de la paperasse des policiers. On bloque presque toute la circulation, avec les cônes on est sur trois files. Ensuite on partira pour les urgences. On y sera dix minutes après. Vous vous sentez comment ? Oui, votre casque est là, votre sac aussi. J'ai mis les gants dedans. Oui, je crois qu'il y a des témoins, une femme qui discute, là. Ah le voilà qui revient, on va pouvoir y aller.

Les portes se ferment, le trajet dure peu de temps, sirènes et gyrophares aidant, mais la température se réchauffe tout de même un peu. Puis c'est le froid à nouveau, à la sortie, et puis le chaud encore, bien plus chaud, et cette étrange impression de voler à l'envers, en flottant près du plafond au ras des séparations de salles, comme dans un rêve déplaisant. Et puis ces attentes successives, changement de brancard, attente, venue de l'interne, attente, transfert radios, attente, radios, attente.

C'est un rêve c'est sûr, sinon je n'aurais pas vu le visage de mon concessionnaire tout à l'heure. Mais ça fait moins mal un rêve tout de même, ou pas aussi longtemps. Et puis c'est pas aussi précis, non plus. Et puis il y aurait eu au moins une très jolie brune.

Alors, non, c'est pas un rêve, c'est sûr, et alors il faut que les radios soient bonnes.

Et quand elles sont bonnes, le premier plaisir est simplissime: c'est de se mettre à nouveau debout.

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mercredi 12 janvier

Schbroumf et Fshhhh



Il y en a qui mâchouillent un gâteau pour revenir dans le temps, moi je regarde une image et alors j'entends des bruits.

En général, c'est assez simple l'association. Par exemple quand je vois de la poudreuse, j'entends des skis dans la poudreuse. Ou, dans les cas les plus complexes, un bruit très très lointain de remontée mécanique. Donc ça ne me surprend pas trop, ces correspondances, et je ne m'extasie pas pendant des pages avec des phrases à n'en plus finir.

Quoi, schbroumf ?
Ben oui ça fait schbroumf, des skis dans la poudreuse, au départ.

Et puis quand on a un peu de vitesse et qu'on enchaîne bien quelques virages, le son change et devient fshhhh. Juste le vent.

Mais ces bruits entraînent à leur tour une plongée du corps dans l'image, avec une poussée proportionnelle au poids des souvenirs déplacés.
 
C'est que par instants, à cause de la vitesse, les skis s'entrechoquent, avec vous savez ces quelques claquements un peu amortis qu'on entend si distinctement en montagne; mais s'installe également, au fur et à mesure que la pente se déroule, cette merveilleuse sensation de voler sur un tapis de neige, laquelle vient jaillir jusqu'aux hanches, parfois jusqu'au visage, en gerbes glacées d'étincelles, jusqu'à ce qu'apparaissent, les grands jours, ces passages d'exception où, lorsque le rythme, la pente et les relances s'harmonisent, le renvoi d'un virage sur l'autre se fait sans plus aucun effort, comme si, porté par un souffle invisible, on suivait sans faillir l'éternité d'une courbe infiniment aimée des dieux.

Et dire qu'il va falloir encore faire la queue pour les forfaits.

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mardi 11 janvier

Lunairator V

Hier j'étais allé me promener en piéton, exceptionnellement.

J'étais en train de traverser sur un passage protégé, comme un bon piéton bien propret. Bon d'accord la loupiote piéton était rouge, mais ce n'est pas une raison, une voiture attendait déjà que certains finissent de traverser, et je marche vite.

Mais voilà que la voiture qui faisait semblant d'attendre se met à avancer comme pour me pousser. Du genre, j'étais le piéton de trop. Y z'avaient bien voulu laisser passer tout le monde jusqu'à aujourd'hui, et là c'était fini. Pire, j'allais même payer pour les autres. Mais si j'avais été un bus ils n'auraient pas poussé comme ça, ils auraient attendu, non ?

Echange de regards courroucés quand je longeais avec anxiété leur pare-chocs que j'étais obligé de fuir en modifiant ma trajectoire, en plus.

Ils étaient deux à l'intérieur, un mec et une nana, et le type, assis côté passager, encourageait la fille à user de son droit du plus métallique. On aurait dit un instructeur d'incivisme. Leur logique existentielle était simple: comme ils avaient une carapace plus solide que celle d'un piéton, ils n'allaient pas hésiter à s'en servir, forcément.

Tant de méconnaissance du monde est navrante: il a bien fallu que je leur explique le contraire, et que si leur bagnole était plus solide qu'un piéton paisible, leur rétro était moins solide qu'un piéton agressé.

Bon, par un reste de sympathie, je l'ai shooté dans le bon sens, de l'avant vers l'arrière, leur rétro conducteur. D'un coup de genou juste au moment où ils démarraient comme des braqueurs de supérette et en me taillant un short. Mais il a tout de même bien craqué. L'a dû être plié au-delà des limites à cause de leur accélération de dragster des boulevards.

Ils se sont arrêtés tout de suite, façon vengeance. Le type a ouvert sa portière dans un geste grandiose de "male attitude". Manque de pot c'est à sa porte à lui que j'étais venu direct, pas à la porte conducteur. Et j'avais l'air contrarié. Alors il est resté assis pour réfléchir sereinement au fait que ce n'était pas la peine d'envenimer les choses, et que le plus important était sans doute que je leur pardonne leur comportement de ringards du volant.

Chose que j'ai faite, vous me connaissez, la bonté même.

Et j'éprouvais en les regardant partir, leur rétro pendouillant mollement au bout de ses câbles, le sentiment d'avoir enfin pu contribuer à leur éducation citoyenne.

Les remords ne sont venus que plus tard. Mais bon, on est humains, quoi.
Oui, même moi.

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lundi 10 janvier

Le choix des aubes



Dans cette image s'est caché un lutin des aubes.
On ne le voit pas bien, mais il y est forcément: c'est la saison.

En fait il y a ceux qui le voient et ceux qui ne le voient pas. Et puis ceux qui croient le voir, pour faire plaisir à ceux qui le voient sans affliger ceux qui ne le voient pas.

Alors faites comme vous voulez, de toute façon on sait à quoi s'en tenir, le lutin et moi.

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mardi 04 janvier

Ta zoa trekei

Les animaux se promènent dans la cour.
De temps en temps l'un d'eux se retourne, comme un gant, et dit: "et hop cabriole, hop! ". Aussitôt les cabrioles apparaissent et les animaux courent pendant la promenade.

Mais cela n'arrive pas tous les jours.

D'autres fois, les animaux s'arrêtent et jouent aux dés.
De temps en temps ils perdent, malheureusement. Ils deviennent alors d'humeur maussade et se mettent à tourner, en rond, de plus en plus vite, jusqu'à ce que l'un d'eux se retourne, comme un gant, et crie: "et hop, cabriole, hop !".

On constate alors qu'ils s'amusent.

L'observation des animaux est très enrichissante, surtout quand on les bat aux dés.

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lundi 03 janvier

USS Dobeliou



Il y avait les porte-avions, les porte-hélicoptères, voici maintenant la dernière merveille de la marine US.

Il s'agit du plus grand porte-voitures du monde, baptisé, selon la tradition pour ces bâtiments, du nom d'un président américain.

On voit d'ailleurs distinctement les pistes de décollage au fond à droite de la passerelle.

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dimanche 02 janvier

Note d'agrément

Je viens juste de dévorer une chose que je réservais pour mes très vieux jours.

Je l'avais mise de côté depuis des années pourtant. En faisant attention à ne pas l'ouvrir. Je savais que si je l'ouvrais, je finirais par me jeter dessus.

Alors ça n'a pas loupé. A 17h17, je l'ai ouverte et donc je me suis jeté dessus.

Ca faisait un peu comme une bouteille de vin que vous gardez pour une occasion particulière. Si vous l'ouvrez en avance, bon, c'est bon mais c'est moins bon que si ç'avait été le jour de l'occasion. Une petite culpabilité, sans doute. Hé bien là c'était presque pareil. Une petite culpabilité, assurément. Mais la différence c'est que c'était bien bien bon tout de même.

Le lecteur l'aura deviné, je parlais bien entendu de la partition de la suite en d (HWV 428) pour piano.

En effet, je ne sais pourquoi, mais j'aime bien déchiffrer du Haendel. J'aime bien aussi la tapenade, par exemple. Or, autant la production d'olives est illimitée, autant Haendel s'est inexplicablement arrêté d'écrire le 14 avril 1759, vers 8 heures du matin, d'après son exécuteur (testamentaire).

Il en résulte que si j'avais continué à déchiffrer du Haendel, un beau jour je n'aurais plus eu de Haendel à déchiffrer.

Bien sûr on peut en rejouer, mais ça n'a rien à voir avec la découverte d'une musique un peu hésitante sur son clavier. En fait l'instant du déchiffrage est unique. C'est comme un premier rendez-vous: on n'a pas de deuxième chance. Et puis je soupçonne mon piano d'aimer raconter de nouvelles histoires de temps en temps.

Donc, lors de mes très vieux jours je veux ne pas avoir tout connu: je veux qu'il me reste encore des déchiffrages de Haendel.

C'est pourquoi j'ai mis de côté quelques partitions pour me permettre d'agrémenter de surprises ma période 100-140 ans. Evidemment, après 140 ans, l'âge venant, il faudra arbitrer entre les découvertes que je veux garder pour le lendemain, et celles que je risque de ne jamais faire pour les avoir remises au lendemain une fois de trop.

Pourtant aujourd'hui, avoir consommé un de ces plaisirs réservés, ça revient à avoir cambriolé un coffre-fort de futur vieillard, non ? Pas de quoi être fier.
...
Mais qu'est-ce que c'était bon.

Et puis quoi, j'ai encore deux recueils tout bien fermés, alors zut.

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samedi 01 janvier

Forêt post-sylvestre (fragment)



Voici un modeste bouquet de fleurs vivantes pour mes visiteuses du soir, de la nuit, et parfois de la journée, en remerciement de leurs charmantes apparitions sur ce blog, l'an passé, et en frais ornement de mes voeux qui "au loin les suivent", comme dit le Louis.

Vous avez vu les feuilles au-dessus ? Elles ressemblent certainement à du gui (c'est vert aussi, non?) Alors, les filles, vous pourrez même en profiter pour venir bisouiller quelque élu devant ma page le 31 à minuit, heure de plopage des parfums de ce bouquet.

Pour ceux qui ne connaissent pas ce terme mais en meurent d'envie, et ils sont au moins six milliards puisqu'il n'existait pas il y a une micro-seconde, l'heure de plopage est l'instant féérique où cette note fleurie, rédigée par précaution avant les ivresses de la saint-sylvestre, mais encore invisible par la magie d'un concours de circonstances, apparaîtra d'un coup au milieu des serpentins.

Je dis ivresses, car au lieu de badoit verte, je boirai de la badoit rouge ce soir-là. Les bulles sont plus fortes et font tourner la tête aux esprits les mieux avertis. Mieux vaut écrire avant qu'après.

Je dis concours de circonstances parce que c'est le meilleur nom que j'ai trouvé pour un logiciel qui fonctionne comme prévu.

Ah, le bouquet ? Il vient d'une île méditerranéenne. Non pas celle-là, une bien plus petite. Mais il a bien supporté le voyage. Même pas fané. Ce qui est bien avec un bouquet vivant, c'est que comme les fleurs sont encore accrochées aux arbres, il reste pimpant hors saison, voyez.

Non, ce n'est pas que j'aie l'intention de me resservir du même l'an prochain, non plus. C'est juste que vous pourrez venir en dessous toute l'année, les filles !

(En-dessous du bouquet ou en dessous de soie, c'est vous qui voyez.)

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mercredi 29 décembre

Il est né le divin robot

Et voilà, ça devait arriver.

Le premier robot qui bouffe les mouches est né ! Bon transformer des cellules en énergie on sait tous le faire naturellement. Mais imaginer qu'un truc en métal ait besoin de bouffer un truc en chair, tout de même ! Je me demande si le scientifique qui a eu cette idée n'était pas lui-même un androïde.

Alors ils disent que c'est pour affronter les mondes hostiles où on n'irait pas, et où les batteries s'épuiseraient, énergie solaire ou pas. En ingurgitant ce qu'il trouverait, il assurerait son autonomie énergétique. Mais je me demande bien ce que même un moustique, par exemple, irait faire à un endroit où on n'est pas. Alors il va mourir de faim leur robot.

Ou alors il faudrait qu'il puisse aussi bouffer les autres robots qui auront été envoyés là-bas où personne ne va. Maintenant s'il bouffe aussi bien le métal que la chair, on le met dans quoi pour l'expédier ?

Et puis imaginez qu'un jour d'été, un jour de grand soleil, où les oiseaux gazouillent, où les enfants se balancent sur les balançoires, où les amoureux se balancent sur les balancelles, vous savez le genre de jour parfait où il se produit une explosion nucléaire sur Los Angeles, hé bien imaginez que, ce jour-là, le robot attrape un moustique sur un bras innocent ?

Et qu'il y arrache quelques microgrammes de cellules humaines ?

Et que ça lui plaise ?

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mardi 28 décembre

Réflexion orange



Une "réflexion orange" de Piotr Kowalik.

Non, ce n'est pas ukrainien, ni post-halloweenien, ni marmeladien d'abricot. Ce n'est même pas un bâton touilleur oublié dans un bassin de tétrachlorofluorure d'isopropyltoluène soufré. Ce n'est pas non plus le sommet de la tour Eiffel un jour de grande pollution estivale, même si ça fait un peu chimique.

C'est juste une réflexion orange, comme il dit.

Certains ont des réflexions à brûle-pourpoint, ou à tout bout de champ, mais pas lui. Lui c'est des réflexions orange.

A priori on pourrait croire qu'une banale réflexion orange renvoie moins bien une image qu'un miroir glacé. En fait non. On s'y voit mieux. L'esprit se noie dans la couleur et s'accroche au premier morceau de bois qui passe. Et c'est une fois accroché qu'il s'échappe, appuyé sur cette seule forme reconnaissable.

On se demande en effet ce qu'il fiche là, ce bâton. Pourquoi il est fiché là, plus précisément. Etait-ce intentionnel ? Parce qu'il n'y a que l'intention qui compte, en photo. Et cet angle, surtout ? Ben oui tiens, pourquoi cet angle ? On dirait celui d'une flèche qui vient de se planter en vibrant avec un message attaché au bout. Ou alors c'était une pancarte qui a été arrachée par un collectionneur de pancartes profitant d'une brume complice. Alors on se perd un peu dans quelques réflexions sur les messages, les signes de piste, les collectionneurs, les brumes et les complicités.

Et puis en reculant un peu, on imagine une mouette, ou une déchirure, ou une inégalité.

Une inégalité vérifiée: l'espace vide à gauche du signe est bien supérieur à l'espace vide à droite. Une inégalité auto-démontrée. Et qui s'applique à la photo tout entière. Une inégalité réflexive.

En reculant encore, on aperçoit juste une légère imperfection dans un rectangle orange. C'est suffisant pour attiser la curiosité. Peut-être faudrait-il s'approcher de nouveau ?
 
Et quel autre morceau de nous-même allons-nous y trouver planté, nous attendant ?

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lundi 27 décembre

Drame parisien

Acte I, scène unique.
La scène est à Paris, et c'est cool sous le pont Mirabeau.

Premier Couteau - Où ai-je donc rangé ce f*** couteau ?

Deuxième Couteau - Tiens j'en ai un deuxième. J'm'en sers jamais ou presque. Hé ben, prends-le !

Premier Couteau - Vous plaisantez, je présume. Si j'utilise votre deuxième couteau, de quoi aurai-je l'air, moi qui suis Premier Couteau ?

Deuxième Couteau - T'auras moins l'air d'un con que si t'as pas de couteau du tout, déjà !

Premier Couteau -  Je vous en prie, n'abusez pas de la situation. Nous n'avons pas aiguisé les couteaux ensemble, aussi voudrez-vous bien ne pas m'asperger de vos familiarités.

Deuxième Couteau - Hé dis-donc, tu trouves pas que t'en fais un peu trop pour un Premier Couteau ?

Premier Couteau - Contentez-vous de méditer sur votre rôle de Second Couteau et des raisons pour lesquelles vous êtes réduit à ces médiocrités.

Deuxième Couteau - Alors là, je rigole ! Ah ben oui, je rigole ! C'est à peine si le rideau y vient de se lever et qu'est-ce qu'on voit ? Deux pauvres figurants à couteaux tirés ! Tout ça parce que l'auteur y sait pas par quoi commencer. Et qu'en plus, y en aurait un soi-disant qu'y serait mieux né, mais y vient sans son matériel, et le pire y comprend même pas qu'on lui fait dire n'importe quoi rien que pour aguicher le public et démarrer in media res !

Premier Couteau - Quand vous vous emportez, vous changez de niveau de langue, avez-vous remarqué ? C'est cela qui prouve votre basse extraction, voyez-vous; un personnage de qualité se doit de posséder une constance et une unité. Il est flagrant ici que vous avez été conçu grossièrement, et je comprends d'ailleurs difficilement que l'on ait pu envisager de vous donner accès au texte.

Deuxième Couteau - ... (long silence)

Premier Couteau - J'aime mieux ça.

Rideau

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mercredi 22 décembre

Calme jaune



Le calme jaune est plus reposant encore que le calme plat.
Ca vous ralentirait même un clapotis de barque, le calme jaune.

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mardi 21 décembre

Songe d'une nuit d'hiver

La scène se déroule dans une étrange clarté, sous une lumière hésitant entre le rouge sombre et le rouge noir.

Au milieu de l'image est assise une brune aux épaules graciles et parées de fines bretelles, de soie légère, qu'on imagine se prolonger par un vêtement, sans doute une nuisette; mais on ne la voit pas dans le champ de vision du rêveur.

Sauf lorsque la fille se renverse sur son dossier en s'étirant. Elle vient juste de le faire, pour la première fois. On s'aperçoit alors qu'elle porte bien quelque chose qui ressemble à une nuisette.

Par jeu, ou par envie, ou parce qu'on le lui demande poliment, ses bretelles l'une après l'autre glissent. Au début elle les remonte parfois. Un peu plus tard, par lassitude sans doute, elle ne les remonte plus. Si elle les laissait glisser encore, elle pourrait certainement se trouver dénudée jusqu'à la taille. Le rêveur y songe, bien sûr, même s'il ne peut rien voir. Il ne pourrait que le deviner, ou se le faire confirmer par des observateurs locaux mieux placés, s'il y en avait. Mais il n'y en a pas.

Alors, elle les laisse glisser encore. On aurait pu croire qu'elle aurait accéléré leur chute d'un léger mouvement des bras. C'est très possible, car elle doit savoir que le rêveur ne voit rien, de toute façon.

Il est même envisageable qu'elle aime l'idée d'être désormais nue jusqu'à la taille alors qu'il ne peut rien voir de sa nudité, ni du léger frémissement qui parcourt déjà sa poitrine.

C'est ce que se plaît à penser le rêveur en tout cas. Il l'imagine vêtue de ce simple frisson invisible. Et il l'imagine imaginant sur elle ses yeux à lui. Et il rêve de la voir s'étirer de nouveau, exprès pour lui.

Par jeu, ou par envie, ou par simple nécessité peut-être, la voilà qui s'étire de nouveau, bien renversée en arrière cette fois, les mains sous la nuque, nue jusqu'à la taille. Et qui s'étire longuement, comme exprès pour lui.

Comme si elle attendait ses yeux sur elle, aime-t-il penser.

S'ensuit une succession d'images folles, superposées dans le souvenir du rêve.

Il y a le flou parfait de sa chevelure, son visage attentif et troublant, ses regards d'avant, et ses yeux clos d'ensuite, et ses regards d'après. Car il y a un avant, un pendant et un après, dans ce rêve. Il y a qu'elle se renverse de nouveau dans son dossier. Et qu'elle ne peut certainement plus ignorer la présence du rêveur qui l'observe. Et qu'elle en profite, même, on s'en rend bien compte. Il y a que par jeu, ou par envie, courent ses mains effilées sur sa bouche, sur son cou, sur ses épaules, sur ses seins, sur son corps qui frissonne, et courent et disparaissent hors-champ et reviennent, et s'en vont et reviennent, jusqu'à ce que son corps ne frissonne plus, et que sa respiration s'apaise, et que ses yeux clos s'ouvrent de nouveau. Et que ses yeux d'après scintillent de mondes parcourus.

Le rêveur regarde ces mains voyageuses, ses mains d'avant sur ce clavier devant elle, piano ou ordinateur, quelle importance, et puis ses mains d'alors sur son corps tendu, et puis ses mains d'après, sur le clavier encore, ses mains d'après son corps, ses mains qui gardent son souvenir profond d'elle sur elles, et qui pourtant volent sur les touches apporter leur musique au rêveur.

Il s'éveille alors, sans doute, mais ne sait plus vraiment s'il rêve d'un éveil, ou bien s'éveille émerveillé d'avoir, ou pas, rêvé.

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lundi 20 décembre

L'instant d'avant


 
Ceci est une autre image d'Eric Kellerman.

Je crois que tout vient de la position du genou.

Le regard est d'abord attiré par ce genou rond qui dépasse, au creux du coude. Il descend jusqu'au pied tendu puis glisse enfin derrière, sur le galbe enchanteur de la cuisse posée.

Cette asymétrie induit un début d'instabilité, une amorce de mouvement.

De surcroît, puisque rien ne bouge, c'est évidemment à cause d'une tension musculaire intense. En prélude à un équilibre sur les bras, par exemple. Avec cette contraction abdominale et sans doute un léger regroupement des jambes avant la montée des hanches et puis le déploiement.

D'ailleurs la gymnaste n'a-t-elle pas déjà un peu basculé sur les bras, c'est à peine si on devine l'ombre sous son pied ? Mais en dépit de notre souhait de la voir se renverser et tendre son corps, là sous nos yeux, rien ne se passe.

Rien ne peut se passer: elle est posée. Etrangement posée, certes, et avec l'impossibilité de prendre appui sur ces orteils ainsi retournés.

Alors cette position étonnamment résignée devient mystérieuse.

Vers quoi prolonger cette ébauche de geste ?

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vendredi 17 décembre

Adepte du ludisme ?

Moi, je le dis tout net, je suis pour le ludisme.
Après tout, c'est un état naturel. Pourquoi chercher à le dissimuler ?

Etrangement, le ludisme fait partie des comportements que la morale réprouve. Les amateurs en sont réduits à pratiquer secrètement. A ne pas trop l'avouer, sauf entre initiés. C'est que le ludisme n'est même pas autorisé partout. Je ne parle pas du ludisme de façade, qui est très répandu, mais bien du véritable ludisme, celui qui consiste à se défaire de bien des oripeaux et à prendre les choses avec amusement et légèreté.

Hé oui, on dirait presque que les gens sérieux veulent être entre eux, pour leurs choses essentielles. Je me demande bien ce qu'ils fricotent dans leur coin. Oui, à quoi bon être sérieux ? Qu'espèrent-ils ? Je posais cette question récemment à des gens sérieux, il semble que toutes les réponses convergent.

On pourrait les résumer en disant que le sérieux c'est le règne du Moi et le ludisme, celui du Jeu.

Mais voilà que je suis bien sérieux aujourd'hui !

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jeudi 16 décembre

Petite montagne entre amis



Les trois points à gauche, sous le rocher en bas du Couloir du Pisteur Fou, ce sont des amis et moi.

Ca avait commencé un matin de brouillard où on cherchait la piste bleue.
Les Ecureuils Joufflus, elle s'appelait.

En fait, à la sortie du téléphérique, elle était de l'autre côté.

La photo a été prise par l'hélicoptère de la gendarmerie, en fin de journée, quand ils ont pu décoller.
On a l'air hésitants comme ça, mais c'est juste qu'on discutait par où passer.

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mercredi 15 décembre

Le pauvre musicien

Un musicien toujours gamin
Qui s'amusait d'une amusette
Cheminait sur un clair chemin
Sans même un bal dans sa musette.

C'est que c'était un musicien
Qui n'avait jamais l'air de rien.

Il cheminait par ces chemins
Puis séduisait quelque grisette,
Promettant un brin de jasmin
Ou bien un bal de sa musette.

Mais ce n'était qu'un musicien
Qui n'avait jamais l'air de rien.

Parfois il troquait son jasmin
Contre un brin d'ardente causette,
Son âme contre un parchemin,
Puis espérait, pour sa musette.

Car il était vrai musicien
En dépit de son air de rien.

Une âme contre un parchemin,
Un rire pour une bisette,
Ces légers échanges carmins
Ne garnissaient pas sa musette.

Mais bon quand on est musicien,
On n'est pas musicien pour rien:

Pour quelques échanges carmins,
Et quelques voltes de nuisette,
Le musicien, toujours gamin,
Se fichait bien de sa musette.

Plaignez le pauvre musicien,
Il n'aura jamais l'air de rien.

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mardi 14 décembre

C'était la nuit



Alors tout le monde devint violet.

Nuit de grand sud, de lames géantes qui s'abattent, de déferlantes surgies du fond des eaux noircies ?

Nuit de grand nord, de dents glacées, d'aiguilles hostiles au-delà du brouillard, où même la neige fuit devant le vent gelé ?

En réalité, j'ai une affection particulière pour les inventeurs de la cheminée, du whisky et de la couverture chauffante.

Qu'ils reposent bien au chaud.

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lundi 13 décembre

Un siècle pour des lumières

Samedi. Une urgence. Vite, vite. Ca va fermer.

Me faut une ampoule de 100 watts à pas de vis, pour la lampe d'à côté de mon PC. Celle qui me fait du jour la nuit. Elle vient de claquer. J'ai mis du 60 watts mais ça ressemble à l'éclairage de secours d'un vaisseau spatial avant l'explosion. Manque plus que la sirène. Et me faut aussi quatre tubes au néon pour ma cuisine. Depuis 7 mois, les tubes. Alors autant grouper. En fait j'avais déjà tenté une sortie pour les néons, il y a quelques mois, au magasin de bricolage d'à côté, mais rien. Ils étaient épuisés, au magasin. Les chefs de rayon aussi.

Donc aujourd'hui ça peut plus durer. Hop, moto et direction le centre ville. Vite, vite.

Impossible. Même en moto. Embouteillage, bouchonnage, coinçage. Je demande son avis à la synthétiseuse de désirs, dans mon casque. "Détruire", qu'elle dit.

Chouette. Un peu d'action.

A l'aide du bouton secret de mon tableau de bord, je sélectionne le mode "Tutti fuori" (c'est une italienne). Une stase brouillante vient envelopper la plaque d'immatriculation, comme quand on passe la seconde, mais là, en plus, deux tubes bleutés de désintégration rapprochée sortent de la tête de fourche et viennent se mettre en position près des rétroviseurs. Ils passent en mode d'acquisition de cible et s'arrêtent sur le 4*4 de devant.

Après, tout est automatique. J'ai juste à accélérer. Le radar radarise. Le calculateur calcule. Quand ça va gêner, pfouit, le désintégrateur désintègre. Mais proprement, hein, y a juste plus rien, je peux même prendre de l'angle vu qu'y a pas de débris. Plus je vais vite, plus ça nettoie loin. Après mon passage, y a comme une stupeur, et puis les voitures foncent dans l'espace derrière moi.

J'arrive vite, donc. Je gare, je béquille, j'antivolise, j'entre. Vite, vite.

Foule.

Une masse. Même pas grouillante. Trop de monde. Compacte, lente, une foule à cadeaux qui avance vers les caisses comme une coulée de pudding.

Heureusement, au sous-sol, personne. Hé hé. Personne n'a l'idée d'offrir une ampoule à vis ou des néons. Alors ça va vite, très vite. Ayécéfé! Je file vers les caisses du sous-sol où y a personne non plus. Ca, c'est de la course !

Les caisses du sous-sol, y avait personne devant, mais y avait personne derrière, aussi.

J'avais tout bien fait, pourtant: ma lampe de maintenant, en double, mes tubes d'il y a sept mois, en double aussi. Un bonheur rudimentaire, émouvant de simplicité, était là, à ma portée...

En remontant avec mes emplettes, impossible d'accéder aux caisses du rez-de-chaussée, impossible même de prendre pied dans la multitude, en haut de l'escalator. On va régler ça.

Casque.

J'ai même pas besoin de parler à la synthétiseuse de désirs. A cause de la température moyenne ambiante, y se déploient direct de chaque côté du casque, les deux tubes bleutés du kit piéton.

...

Bon, je parle, je parle, mais faudrait peut-être que je sorte pour mes lampes, avant que ça ferme.

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vendredi 10 décembre

Envie d'ailleurs



Brutale envie d'ailleurs et de lointains grisants,
Envie de mer, envie d'écume, envie de vent de brumes,
De partance en hiver au travers des brisants,
De vagues échouant leur cargaison de plumes,
Et des oiseaux moqueurs au milieu du jusant,
Vivant de mer, vivant d'écume, vivant aux vents des brumes.

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jeudi 09 décembre

De la dynamique des blogs

Je lisais récemment un papier sur la dynamique des corrélations. Oui oui, juste la synthèse !

a- lorsqu'une molécule en rencontre une autre, chacune emporte un souvenir de la collision sous forme d'une nouvelle vitesse, corrélée, qui dépend de sa vitesse précédente et de la vitesse de l'autre, et qui détermine donc la suite de son parcours. Sa prochaine collision n'aura lieu qu'à cause de la dernière, sinon la molécule se serait trouvée ailleurs à ce même instant.
b- les équations associées sont irréversibles: il est impossible d'annuler une collision passée.
c- l'ensemble des trajectoires possibles pour un groupe de molécules se réduit de plus en plus avec le temps, équivalant à une réduction de l'amplitude de variation des trajectoires individuelles, même si chacune reste libre.

Alors on se met à penser aux blogs, évidemment !

a- on voit bien que chaque collision blog/lecteur génère une nouvelle trajectoire de butinage, ne serait-ce qu'à cause des liens proposés, mais aussi à cause des réflexions produites.
b- on sait bien que chaque lecture, chaque dialogue, chaque rencontre est ineffaçable.
c- on connaît bien la propension de chacun à évoluer dans un cercle de plus en plus réduit de blogs tiers, avec le temps, même si parfois on se réserve quelques chevauchées anarchiques juste pour dire qu'on part à la découverte, ce jour-là.

Et on se dit alors qu'avec nos milliards de neurones et notre libre-arbitre, on est aussi prévisibles qu'une simple molécule...

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mercredi 08 décembre

Cascades et cascadeurs




Des "cascades convergentes", une image de Samuel Gérard.

Oui oui oui, c'est bien une photo.
Oui oui oui, c'est bien un endroit qui existe réellement, dans les Cévennes.
Oui oui oui, c'est triplement extraordinaire, d'abord qu'il existe des endroits pareils, ensuite qu'on les trouve, et enfin qu'on les photographie ainsi.

Vous avez déjà essayé de photographier de l'eau qui dégringole ?

D'abord on s'en prend plein l'objectif. Alors pour éviter de faire la macro-photo d'une seule goutte, on recule. Evidemment ça glisse, on peut tomber, faut pas tomber. Prudence absolue. On regarde avec soin où on pose ses pieds.

Ensuite, en tombant, on fait attention à ne pas fracasser son boîtier, donc on ne le lâche pas, on évite les grands moulinets de bras, et on amortit à l'aide des fesses et des piles de secours qui sont dans les poches arrières.
Ca amortit très mal, des piles, on le sait mais on compte un peu sur elles quand-même.

On se relève en inventant un nouveau modèle de piles en mousse alvéolée.
En même temps qu'on invente, on vérifie si on n'est pas trempé.
On l'est.

On se demande si c'est très très important de prendre la photo.
Ca l'est.

On s'ébroue. On rerègle tout ce qui est déréglé. On se concentre. On sait que cette fois ça va réussir. On le sait. De toute façon, après, il fait nuit.

On se rapproche sans bruit, en faisant bien attention à ne pas effrayer l'eau.

Clic.

On sourit.

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mardi 07 décembre

Paris - Marseille - Paris

Aujourd'hui, je n'étais pas là. J'étais en voyage. Un départ au petit matin.

Vous savez quand le beurre est trop froid ou le pain grillé trop fragile, le jus d'orange trop vite avalé, le café trop chaud car on veut le boire trop tôt, et trop laissé à refroidir ensuite (et trop tard pour un deuxième), la rue qu'on descend trop vite parce qu'il fait trop frais, le métro bien trop chaud car on a trop couru, puis la gare trop vaste avec ces quais en trop, cette machine à composter trop stupide évidemment, ce billet trop souvent sorti pour mémoriser place et voiture et ne pas trop parcourir le quai dans trop de sens, mais ce billet qu'on ressort de toute façon à l'entrée du wagon, et puis la place, trop bien pour y croire, juste parfaite, isolée, dans le sens de la marche, une table centrale pour poser ses bouquins, et dans le siège vide en vis à vis, qui sait, une perspective de très jolie brune, vu qu'à trop se presser on était trop en avance.

Rien de mieux que le voyage en TGV. Le départ est d'une douceur absolue. On est assis immobile, on regarde la gare, et les gens, et la gare. Et les gens. A un moment, parfaitement imprévisible, le quai commence à s'enfuir insensiblement en arrière. On sent que c'est irrésistible, alors on l'accompagne un peu des yeux, comme on ferait d'un souvenir que l'on verrait filer vers le passé. Ensuite, le quai est remplacé par quelques décors habituels, puis, au fur et à mesure, par des paysages oubliés.

Mais aujourd'hui était un jour à brume.

Alors ne subsistent que des mondes inconnus. Surtout avec cette brume à grande vitesse dont l'horizon si proche révèle une surprise à chaque instant. Une colline, une forêt, une muraille, des lueurs, une forme étrange d'animal, une surpression-vibration-bleue d'une seconde, un bout de ville, du noir, un morceau de ciel. On n'a pas encore eu le temps d'identifier une sensation qu'en arrive une autre. Cela fait penser à un survol des marais yttrifères de Ventiane, en tapis volant, sur une planète dont j'ai oublié le nom du côté du système Alpha Centauri.

Et puis le soleil se lève.

Et vous éprouvez, à cette seconde où le wagon entier s'illumine, cette même évidence que lorsqu'en avion vous franchissez les nuages: à tout instant, il existe, simultanément, un monde où il fait beau.

Vous réalisez à cette occasion qu'il n'y avait pas de brune dans le siège en face. Mais cela n'a aucune importance, ce jour-là. Le train ralentit déjà. Dans quelques instants ce sera le Vieux-Port.

Le Vieux-Port et ses blancheurs marines.

Puis c'est un rendez-vous, et puis le train du soir.

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lundi 06 décembre

Piège de cristal



Une image glacée du Canada d'Etolane, comme elle seule en a le secret.

Celle-ci pourrait être prise de l'intérieur d'une baleine aux fanons gelés par l'automne québécois.
Ce serait le Saint-Laurent en vue de plancton.

A moins que ce ne soit un peigne de fée des Grands Lacs ?
Ou la coiffure du punk local, après une bagarre de boules de neige ?

Ou alors une cage de cristal et son barreau fondu par un oiseau de feu ?

Allez savoir.

Et puis non, n'allez pas savoir ! Restez !
Pour une fois, pour cette fois, restez dans l'immense étendue des possibles.

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dimanche 05 décembre

De la nostalgie et des couleurs

Je me demandais tout à l'heure quelle était la couleur la plus nostalgique. Pour moi, évidemment.

Oui, la nostalgie. Ce que St-Exupéry appelait "le désir d'on ne sait quoi". Ce que d'autres appellent le regret de ce qu'on a eu mais que l'on n'a plus. Et d'autres encore, le regret de ce qu'on a pas eu et que l'on n'aura jamais.

Quelle que soit la définition, on voit bien que la nostalgie caractérise une situation d'inaccessibilité. C'est la prise de conscience d'un écart irrémédiable entre l'état présent et un état imaginé.

Par exemple, je veux un café, et la machine à expresso est en panne. Je tape dedans, peine perdue, elle ne s'auto-répare même plus. Il n'y a plus rien à en attendre. Cette machine ne me donnera plus jamais de café. Plus jamais jamais.

Appliquant avec soin la définition ci-dessus, je deviens nostalgique de mon café. J'imagine à regret le plaisir que j'aurais eu à le déguster. Puis, pour renforcer cette légère souffrance, dans laquelle je commence inexplicablement à me complaire, je tâche d'y associer la mémoire d'un délicieux café à une terrasse, un soir d'été. Juste pour voir.

Encouragé par les premiers effets, je les enrichis des ocres des bâtisses romaines, et de l'agitation vespérale des villes italiennes. Je commence à me sentir merveilleusement pire. Alors pourquoi ne pas y ajouter les reflets du couchant sur la peau d'une très jolie brune, assise juste à côté, et toutes ses promesses nocturnes ?

A cet instant je regarde l'heure, mais non, le dernier avion pour Rome a déjà décollé. Dévasté par tant de décalages successifs, c'est décidé, demain j'assigne le fabricant.

Alors, la nostalgie, couleur café ? Couleur des ocres ? Couleur de brune ?

Ou simplement couleur du temps pensé ?

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samedi 04 décembre

Les cinq états de la matière



Ceci est la représentation la plus avancée à ce jour des cinq états de la matière.

On peut y observer de bas en haut: du solide bien solide, du liquide bien liquide, du flou bien flou, du gazeux bien gazeux, et du rien bien rien.

Bien sûr, jusqu'à présent on ne vous avait parlé que du solide, du liquide et du gazeux. Pourtant le flou est un état de plus en plus courant, sans parler du rien qui est de plus en plus partout. Il est temps d'apprendre à les identifier.

Le flou se trouve essentiellement dans le vocabulaire, où un lot est souvent employé pour un autre lot. Pardon, un mot pour un autre mot.
Cette imprécision affecte ensuite les choses désignées par ces mots, puis les idées traitant de ces choses, puis les cerveaux employant ces idées. C'est insidieux, le flou. Et ces mutations successives, ça vous transforme un pays de coqs en un pays d'ânes, comme vous le savez.

Alors évidemment, à cause du flou, là où vous pensiez qu'il y avait quelque chose d'intéressant, hé bien on ne trouve pas grand-chose. Autant dire rien.

Voilà, tout est dit.

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vendredi 03 décembre

Esprit de synthèse

"Il faisait d'elle ce qu'elle voulait."
F. Dard

De temps en temps surgissent des phrases si parfaites qu'on pourrait les croire glissées sous la plume par une instance supérieure, une sorte d'esprit ceint de grâce et de concision, l'esprit de synthèse.

En dépit de son nom, l'esprit de synthèse, à la différence de l'huile de synthèse, n'a rien de laborieusement conçu. Il est un état transitoire de la matière neuronale où l'expérience des êtres et le goût des mots se rejoignent, extrayant les évidences cachées avec une simplicité enchanteresse.

Une fulgurance limpide, quoi.

En résumé, c'est l'événement connu le plus proche du miracle.
D'autant que ça n'arrive pas tous les jours.

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jeudi 02 décembre

Le temps des cathédrales



Puisqu'on est dans les choses anciennes, il faut bien que je vous affiche ce mystère là.

Non, ce n'est pas un vieux chien à moitié pelé, ni une statue de roi mérovingien attaquée par la mousse des siècles. De toute façon à Reims, en dépit de la cathédrale, il y a rarement un temps de curé. La dernière fois que j'y suis allé, il pleuvait, voyez.

Certes je n'y suis allé que deux fois en tout à Reims, et la fois d'avant il faisait beau, oui d'accord, mais bon, les maisons ont des toits en pente tout de même.

Ce n'est pas que je n'aime pas la pluie. C'est une simple question de perspective, la pluie. Si on n'a pas prévu de sortir cette année-là, on s'en accommode volontiers.

Ou si ça fait partie de la prestation, comme d'aller aux champignons.

Ou de naître grand-breton: lorsque la pluie est fournie en standard avec le paysage, vous développez un système immunitaire qui s'étend avec complaisance à d'autres épreuves insulaires et les rend supportables, comme la bière brune, le pudding, ou le ci-devant Charlie Windsor, comique princier.

Et non, ce n'est pas sous l'empire de la date du jour que je me mets à parler de cathédrales, de sceptres et d'Albion !

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mercredi 01 décembre

Questions d'époque

En farfouillant parmi d'augustes volumes, je viens de tomber sur une sorte de courrier du coeur du XVIIème siècle. Mais c'est qu'ils se posaient de rudes questions !

Par exemple:
- pourquoi un beau sot est-il plus sot qu'un autre ?

C'est vrai ça, il ne faut pas oublier qu'à l'époque on n'était pas tapi derrière son écran et relaxé au bénéfice du blog. Les gens étaient d'abord beaux ou laids, et ensuite seulement ils parlaient.

Alors rêvait-on d'une perfection rhétorique ajoutée à la perfection des traits, et le beau sot se rendait-il coupable du terrible crime de déception ?
Ou n'écoutait-on vraiment attentivement que les beaux, aussi remarquait-on forcément leur éventuelle disgrâce spirituelle ?
Ou la laideur générait-elle à l'inverse une sorte d'empathie charitable qui, passant du contenant au contenu par une sorte de capillarité bienveillante, permettait d'exempter le laid sot de toute attente ?

On y trouvait encore:
- lequel vaut mieux, tenir une femme par le coeur ou par la tête ?

Moi j'aurais dit par la main, tout de même. On doit être moins possessif, maintenant.
Mais bon, vous avez peut-être votre idée, vous autres les filles, sur la manière dont vous voulez qu'on vous tienne, en général ?

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mardi 30 novembre

Blagua de moma



Aujourd'hui est un jour sans mystère.
En effet, tout le monde sait ce que c'est, le truc au-dessus.

Bien sûr j'aurais pu vous poser des questions complémentaires, et en profiter pour mieux vous connaître.
Le nombre de diagonales se croisant à angle droit, pour savoir si vous avez l'oeil habile, le doigt ferme et l'esprit avisé d'un esthète.
Le numéro de téléphone des objets trouvés de l'édifice, pour apprendre si l'émotion vous y avait déjà fait perdre un coeur ou une âme.
Le jour de fermeture, pour vérifier si ça vous avait passionné au point de vouloir y emmener vos mômes un mercredi.

Mais non, aujourd'hui est un jour de novembre ordinaire, dénué de mystère et donc sans nuée de questions piaillantes.

Profitez-en pour souffler: après-demain on recommence.

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lundi 29 novembre

Hésiter ou ne pas hésiter ?

(Tentative de simulation de blog de fille, pour voir.)
(Pardon, les filles.)

Aujourd'hui, j'hésite.

Oui, il faut que je vous raconte.

Bien sûr la soirée d'hier avec B. était merveilleuse. Mais les soirées avec B. sont tellement merveilleuses, que ça en devient ennuyeux. Cette sorte d'assurance de perfection... J'aimerais presque qu'il se passe quelque chose de travers, parfois. Un bel impondérable de derrière les fagots. Un appel de T. par exemple, au moment du café ?

Pauvre T. qui ignore encore tout. Mais je ne peux me résoudre à lui faire cette peine, aussi. Pauvre T., si fidèle et si fragile. En plus nos dernières vacances étaient tellement merveilleuses. Cela faisait bien longtemps que nous n'avions connu pareille harmonie. Tout allait de soi. Tout était léger, et simple, et lumineux. Pourquoi juste cet été ? Cette douceur si particulière à Hawaï, peut-être, après tous ces juillets à Plougastel ? La vie est si mystérieuse.

Non, vraiment, avouer à T. ! De toute façon, comment puis-je avouer l'existence de B. à T. alors que je n'ai même encore rien dit de B. à O. ? Et puis O., de toute façon, il est impossible de lui dire quoi que ce soit en ce moment. C'est à peine si on se parle, même nos lundis. Ah, nos lundis, quand j'y pense... vivement lundi.

A première vue cela peut sembler compliqué ces histoires, mais en fait c'est enfantin: il faut qu'on s'occupe un peu de moi. Sinon, je m'ennuie. Au fond vraiment, oui si je me regarde vraiment vraiment, oui non avec le regard objectif que pourrait avoir ma mère par exemple, hé bien en réalité, j'ai besoin de vivre simplement. En fait je n'aspire qu'à une seule chose, me retrouver enfin moi-même, voyez-vous, au lieu de vouloir contenter chacun. Les hommes sont si compliqués, aussi.

Alors, moi qui aime tant la simplicité, à cause de cela aujourd'hui j'hésite.

Hé oui, pour le w.e. en Normandie, proposé si gentiment et depuis si longtemps, je lui dis quoi, à J-L. ?

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dimanche 28 novembre

Les petits ruisseaux...



Là, selon votre humeur, vous pouvez imaginer soit une forêt chimérique à l'instant de l'enchantement, vous savez cette micro-seconde où tout va se transformer et donc où tout se fige dans une lumière surnaturelle, soit au contraire une eau sulfureuse et stagnante et vouloir monter le son pour mieux entendre les moustiques.

Vous auriez presque raison: cette forêt n'est pas une forêt ordinaire.

Regardez mieux.

A votre avis quelle est la largeur du ruisseau ?
Marquez-la ici: _ _ _
Ou là: _ _ _
C'est comme vous voulez.
De toute façon, elle sera fausse.

Maintenant, voyez-vous les deux bricoles un peu plus noires à la verticale de l'Arbre Double, et juste au bord de l'eau ?

Ce sont des touristes.

Celui de droite fait un petit signe et celle de gauche médite.

Oh, bah, elle médite sûrement devant la largeur de la rivière, la couleur de l'eau à cet instant-là, les arbres incroyables, et se demande aussi pourquoi son copain, à droite, n'est pas plus près d'elle quand elle médite sur de vastes choses, tout de même.

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samedi 27 novembre

Dialogue de métro

C'était à propos de poésie.
Ils s'engueulaient, bien sûr.

Lui
La rime ! Et pourquoi donc cette forme vieillotte
Où si je veux dire "eau", je dois dire "la flotte" ?

Elle
Oui, les vers, mon ami, cet art magique et beau,
Qui, pour dire "la flotte", oblige à dire "l'eau".


(Au fait, y a gourance, c'était pas un dialogue de métro, c'était un dialogue de métrique.)

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vendredi 26 novembre

Mers et marines



Cette image plus étendue, c'est une simple envie d'élargir la perspective.

En fait je me demande si les marines ne sont pas plus larges que les tableaux normaux juste pour qu'on puisse s'évader.
Quoique cette image soit encore plus allongée qu'un format marine standard.

C'est un format marine allongé.

Pourtant on ne voit pas de marine allongé, ici.
Même si on dirait un format de périscope de conducteur de char, ce format.
Et une couleur de système de vision thermique, cette couleur.

Non, on voit juste la mer.
Et c'est une simple mer de marine.
Avec à gauche une sorte de jetée ravagée qui s'y enfonce.

Même pas une mère de marine allongé, donc.
On aurait pu confondre, avec toute cette eau qui s'en échappe.
Et tout ce ravage qui s'y jette et s'y enfonce.

Evidemment que la mère d'un marine contient autant d'eau que la mer d'une marine.
Et autant d'eau qu'une mère d'adversaire de marine. Evidemment.

Evidemment que c'est à cause de toutes ces mères que la mer est salée.
Tout le monde le sait.

Oui, tout le monde le sait.

Bon, heu, je ne suis pas fait pour les perspectives élargies, moi, on dirait.
Allez, musique.

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jeudi 25 novembre

Ah les filles, ah les filles

On me dit en privé: "Ouais, y en a que pour les filles, ici !"

Ben ouais, y en a que pour les filles, ici.

C'est pas que j'aime pas les gars, y sont sympas et tout, mais bon, j'aime pas le foot, j'aime pas la bière, j'aime pas les bagnoles tunées, alors bon, non ? Pardon les gars, mais bon, j'aime pas le foot, j'aime pas la bière, j'aime pas les bagnoles tunées, alors bon, hein.
(Je répète c'est pour les gars, souvent y faut répéter avec les gars).
(En plus).

Tandis que les filles tu leur dis une fois, hop c'est tout bon. A z'ont compris.

Des fois même, t'as pas besoin de leur dire rien.
A devinent avant même que tu dises !
C'est à peine que t'as picoré les mots de ta phrase et que t'élabores, pof, a z'ont deviné.

Des fois, c'est même avant que t'ayes l'idée qu'a devinent, les filles...

Alors tu vois quand t'écris c'est reposant.
Tu peux faire dans le léger.
Dans l'allusif.
Dans le songé, même.

...

Comme là.

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mercredi 24 novembre

Sans courtisane



Mais avec misère et splendeurs.

Djakarta, Kinshasa, Haïti ?

Ou au contraire Paris, Londres, Milan, New-York ?

Et pourquoi pas un autre ailleurs encore ?
Où l'essentiel serait de vivre "avec, dans les regards, des ors et des couchants", comme disait ce cher vieil Emile ?

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mardi 23 novembre

Found in translation !

Devinez qui on peut faire apparaître dans une traduction...

Une amie d'outre-atlantique a eu la bonne idée de m'envoyer une version de ma note du 17 novembre, traduite automatiquement par Google.
Ci-dessous un extrait traduit du dialogue avec le quidam.

"- You hold there ! Yes not you who read me but the other there, behind. Yes, here, you. Thus come a little by here. Do not be afraid. (It is timid then, this one ! Ever made of evil to a quidam, I will not start now). Then thus, you who pass, do you prefer that I speak to you or of me ?
- ...(inaudible)
-  You ? But do not have shame, it is quite natural. Thank you well in any case."

Allez, thou ! On dirait pas du Shakespeare, là ?
La technologie de pointe, c'est encore plus efficace que Mickey à travers les âges...

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lundi 22 novembre

Le retour de l'Ombre Jaune



Une "cage pour âme", image de Piotr Kowalik.

Ame-alien ou aliénée, emprisonnée dans un parchemin de traverse...

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dimanche 21 novembre

Essai d'intensificateur d'audience

Suite à l'analyse des principaux mots ayant conduit des utilisateurs de Google à s'échouer sur mon blog comme de vieilles baleines couillues, j'ai décidé d'augmenter temporairement mon audience, grâce à l'usage concentré ici-même des expressions suivantes:

"filles nues, seins nus, corps nus, fesses à l'air, belles filles, super+nanas, topmodels, célébrités à poil "
Et hop, voyons voir.

Hum, je me demande si c'est suffisant, cela dit.
Faut être un peu plus animal, tout de même, au vu des mots-clés.
Alors "minou, chatte" ?
...
Quoi, plus sauvage ?
"chatte tigrée" ?
...
Ah, du fantasme pur aussi ? Qu'à cela ne tienne ! Et puis, mondialisons un peu !
"Anna Sinclair desnuda, Sharon Stone habilled, George Bush fucking Condoleezza Rice " ?
...
Oui, les filles vous avez raison, faut pas que je déséquilibre ma très agréable disparité femmes/hommes.
Alors, allons-y pour quelques grammes de "fretilling zifolard of George Clooney" par exemple.

Bon, si vous avez d'autres idées...

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samedi 20 novembre

Au bout du bout



Ceci est une photo d'un bout du monde.
Après, il n'y a plus rien que l'océan, pendant des milliers de milles.

Alors on y voit des milliers d'empreintes de pas, sur ce bout de terre.
C'est que depuis des milliers d'années on est venu constater l'existence d'une limite à cet endroit.
Puis on est allé la rapporter à d'autres.
Qui sont venus à leur tour voir ce que ça faisait, une limite.

Tiens, un jour, il y en a même un qui a planté une borne, à gauche. Evidemment, parce qu'une limite sans bornes...

On ne voit pas tout sur cette photo. Mais autour c'est très sauvage et très désert. Et très calme aussi, en dépit de l'incessant ressac. Alors, en prodige ordinaire, cette horloge marine à la fois irrégulière et immuable inverse parfois son battement et nous entraîne des milliers de siècles en arrière, aux instants de la terre primordiale.

Comme si la magie de l'infranchissable imposait la contemplation.

Que ce soit aux lisières de la mer, des flammes, ou de la tombe.

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vendredi 19 novembre

Petit matin

Soit tu dors encore,
Soit tu es réveillée.

Si tu dors encore,
Voici un baiser
Pour ton corps ensommeillé.

Si tu ne dors plus,
Un sur ton corps nu.

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jeudi 18 novembre

Belle comme la Romaine ?



Non ce n'est pas la Romaine ! C'est juste une autre image d'Eric Kellerman.

La Romaine est encore plus belle bien sûr, mais cette image là est néanmoins magnifique. Je ne sais pas ce qui me plaît. Enfin pas vraiment. Pas complètement.

Le noir ?
Le blanc ?
Le gris ?
Le rond du reflet blanc qui est sur le cercle de la pupille noire qui est sur le blanc du croissant de lune du visage qui est sur le noir du visage et de l'image ?

Cette mise en abyme des effets Yin-Yang ?
L'équilibre qui en surgit ?
 
Ou bien l'insondabilité du noir autour.
Et les questions murmurées, sur la nuit dont elle est issue, ou vers laquelle elle nous emmène.

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mercredi 17 novembre

Blog-note pourpre

Dites, c'est vraiment égoïste, un blog, finalement.

Je vous dis ça, je viens juste de survoler une tripotée de blogs d'égocentriques en phase active. Bon, des fois c'est bien raconté, faut dire, alors là je dis pas.

Mais le pire, c'est les larmoyants. Certains, on dirait que leur blog c'était ça ou la pendaison. Mais quoi, personne ne les oblige à se regarder le nombril, si ça leur fait cet effet-là.

Ils peuvent regarder dehors. Regarder les autres. Consacrer leur moment d'astiquage neuronal à faire briller quelqu'un d'autre. Un quidam par exemple. Voilà, un simple quidam.

Et même pas un quidam compliqué comme vous ou moi. Non, juste un simple qui passe.
- Tenez, vous là ! Oui non pas vous qui me lisez mais l'autre là, derrière. Oui, voilà, vous. Venez donc un peu par ici. Ayez pas peur. (Est-il timide alors, celui-ci ! J'ai jamais fait de mal à un quidam, je vais pas commencer maintenant). Alors donc, vous qui passez, préférez-vous que je vous parle de vous ou de moi ?
- ... (inaudible)
- De vous ? Mais n'ayez pas honte, c'est bien naturel. Merci bien en tout cas.

Le quidam, ayant brillé, s'éloigne.

Prêt à être de nouveau hélé.

Certes, on le savait avant, mais, devant cette démonstration irréfragable, que blogueurs et blogueuses ne l'oublient point: quand il vous lit, un quidam, ce n'est pas vous qu'il veut découvrir, c'est lui.

Comme quand il écrit dans son blog.

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mardi 16 novembre

La voilà !



C'est la planète, justement.

Oui bon, nuage observé par un satellite, ou écorce photographiée par un pic-vert, quelle importance, après tout ?

L'essentiel est qu'il y ait du rhum, des femmes...
Non, pardon, qu'il y ait un renard, une rose, un businessman...
Non, pardon, qu'il y ait des nuages, des écorces, et des choses sans importance.

Et au moins un pic-vert photographe.

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lundi 15 novembre

Futur composé

Aujourd'hui, promenade sur la planète.

Contact.

Moteur.

Un grondement saisissant fait alors trembler les parois de la baie de stockage nocturne, en dépit des atténuateurs de titane.
C'est une sorte de souffle rugueux, heurté, qui résonne dans des fréquences ultra-graves, dont le rythme restera encore irrégulier jusqu'à ce que l'enveloppe glacée du moteur monte en température.

Juste le temps de vérifier une dernière fois que l'épaisse combinaison ne laissera aucune partie du corps au contact de l'atmosphère hostile.

Le souffle âpre s'est calmé désormais, mais on devine toujours la puissance effrayante tapie au sein du coeur de métal gris. Alors il faut la doser avec une extrême finesse pour s'insérer adroitement dans l'élévateur.

Ensuite, il suffit d'effleurer de son badge le détecteur d'intrus et puis d'entrer le code de transfert pour se retrouver au bas de la rampe d'extraction.

La lumière faiblement jaunâtre de la salle de transit rappelle les conditions extérieures prévues ce jour-là sur la zone. Brouillard. Pluies acides.

La-haut, la porte de protection externe pivote lourdement sous une lueur orange clignotante.
C'est le moment, l'instant précis où il faut s'élancer.

Puissance.

...

Comment ça je déforme ?
Ben non, c'est exactement ce qui se passe quand je sors ma moto de son garage souterrain, l'hiver.

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dimanche 14 novembre

Enigme absolue



Bon, je ne dirai même pas si c'est une plante ou non, cette fois.
Ni si ça pousse, ou si ça gambade, ou si ça reste sans bouger.
Ni si c'est comestible, cuit ou cru.
Ni si c'est un très très très gros plan d'acarien ou de cuir chevelu.
Rien rien.

Non plus je ne dirai pas la réponse.
Jamais.
Même sous la torture ou la séduction la plus extrême.
Ceci est donc une énigme absolue.
Il faudra vous y accoutumer.

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samedi 13 novembre

Testez vos réflexes !

Le corps nu de la savante
Et la cornue du savant.
Expérience captivante
Ou syntagme dépravant ?

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vendredi 12 novembre

Bilbao le haobbit

BILBAO (image du sieur Barfly.)


Cinq marches encore pour rejoindre ma riante chaumière.
 
Non, quelque chose ne va pas.

Ce ciel noir ne va pas. Ni ces marches de limaille.
Ni ces murs de grisaille violine aux croisées grillagées.
Où donc est passée la Comté ?
...
Misère, il a encore laissé traîner son anneau !

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jeudi 11 novembre

Les trois filles d'Aquitaine

C'étaient trois filles d'Aquitaine.
Elles posaient leurs mots légers
Semés de rires passagers
Sur les fleurs vertes des fontaines.

Vint à passer un capitaine,
En intermède voyageur,
Qui guigna de regards songeurs
Leur teint rose de marjolaine.

L'une des filles d'Aquitaine
Croquait des broutilles menues
Et promenait son âme nue
En rêvant de sages fredaines.

La deuxième était souveraine
En un domaine de mots noirs.
Elle écrivait aux vents du soir
Et la nuit était son aubaine.

La troisième, en sa forme humaine,
Gardait d'un fier passé de muse
Un goût pour les phrases abstruses,
Sainte parmi les incertaines.

C'étaient trois filles d'Aquitaine
Sous le regard momentané
D'un capitaine emprisonné
Par les yeux bruns d'une Romaine.

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mercredi 10 novembre

Pavillons étrangers



Un port du Pacifique.
D'immenses bâtiments qui ne prendront jamais la mer.

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mardi 09 novembre

Des commentaires ?

Quand vous avez des commentaires à faire, il vous suffit d'inscrire librement vos commentaires en commentaires. Cela étant, il est interdit d'écrire n'importe quoi, non mais ! Des règles d'expression très strictes ont été établies. Sachez que cette zone est entièrement surveillée, et scannée quotidiennement par différents automates de supervision.

1- Le testeur de pseudos
Cet automate vérifie votre pseudo et dans tous les cas regarde chaque cas, y compris bien sûr votre propre cas. Si ce n'est pas le cas, il ne fait rien. Si c'est le cas, il ne fait rien non plus. Son seul rôle est de vous montrer qu'il pourrait faire quelque chose au cas où, et s'il le voulait, mais qu'il ne fait rien juste pour respecter votre liberté de faire des commentaires.

2- Le vérificateur sémantique
Cet automate vérifie que vos capacités à produire du sens sont conformes à une norme minimale, et il affecte une note, 0 ou 1, à chacune de vos phrases. Si votre note finale est égale au nombre total de phrases, il ne fait rien. Sinon, il efface votre texte. Il a pour fonction de réserver la liberté d'expression à ceux qui ont quelque chose à dire, pour ne pas encombrer.

3- Le détecteur de mauvaises pensées
Cet automate vérifie si vous avez tendance à exprimer des mauvaises pensées. Il se contente ensuite de mettre à jour un compteur de mauvaises pensées qui sert à établir des statistiques sur l'équilibre mondial entre le mal et le bien. Cet automate est opérationnel; l'équilibre mondial est actuellement de 3.14159, et il est en légère augmentation.

4- Le compteur de mots en trop
Cet automate compte tous les mots que vous écrivez. Lorsque vous avez écrit un mot de trop, il s'énerve et il affiche la phrase suivante: "Vous êtes allé trop loin. Il y a des limites à ne pas dépasser. Si tout le monde faisait comme vous, vous vous rendez compte? Attendez un peu, vous allez voir." Ensuite, il se connecte directement sur votre compte bancaire et il le vide.
Soyez concis, donc.

5- Le générateur de circonstances atténuantes
Cet automate a pour objet de pondérer à l'aide d'un coefficient d'humanité les jugements sans appel émis par certains. Par exemple, si vous écrivez "Untel est un imbécile", il pondère en ajoutant quelque chose comme "mais qui ne l'est pas?" ou bien "d'après les informations disponibles à ce jour".
Il a pour fonction principale de vous obliger à relativiser vos opinions.

6- Le solveur ultime
Cet automate-là n'est pas un automate de supervision. C'est un automate de vision tout court qui est capable de proposer une solution à tout. Mais comme son nom l'indique, c'est plutôt la dernière personne à laquelle vous adresser lorsque vous avez un problème. Mais bon, lorsque vous avez épuisé toutes les autres possibilités, il vous reste à écrire au solveur ultime en bas à gauche, et il vous fera peut-être une recommandation.

Comment ça "pas de commentaire" ?

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lundi 08 novembre

La forêt désenchantée



Bon ça, c'est une plante.
Mais laquelle ? Alors si quelqu'un s'y connaît en plantes et peut me dire ce que j'ai photographié, je suis même prêt à le croire.
C'est vous dire.

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dimanche 31 octobre

Ode au faiseur de mirlitons

Vive le mirliton, mironton, mirontaine,
Vive le mirliton, pour la pêche à Ninon !
Il ne sait pas écrire
Et il ne sait pas lire,
Et quant à se relire
Il n'y pensera pas.
Il a très peu à dire
Alors il va.... sans dire.
Et ce n'est pas médire
Que de dire cela.
Vive le mirliton, mironton, mirontaine,
Vive le mirliton, pour la pêche à Toinon !
Il écrit sous l'empire
De mots doux à proscrire
Et bien souvent s'admire
Devant ses vers bêlants.
Et lorsqu'il sait quoi dire
Mais pas comment le dire
Ca pourra lui suffire
D'écrire en pieds branlants.
Vive le mirliton, mironton, mirontaine,
Vive le mirliton, pour la pêche à Louison !
Pourtant, vous allez rire,
Il arrive à séduire
Quand bien même il transpire
De phrases convenues.
(En plus c'est bête à dire
Mais faut qu'on les inspire,
Faut que leur coeur chavire,
Avant qu'on les voie nues.)
Vive le mirliton, mironton, mirontaine,
Vive le mirliton, pour la pêche à Manon !
Hé oui leur coeur chavire,
Et c'est bien là le pire,
Qu'une belle soupire
Sur des mots à voiler.
Dès lors comment vous dire...
Voir une belle élire
En amour un tel sire
Prévient d'y postuler.
Mais bon n'y pensons plus, mirliton, mirlitaine,
Pour un simple jupon, vive le mirliton !

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jeudi 28 octobre

La terre est orange



Montagne, vue par Georgia O'Keeffe.
En fait il n'y avait qu'un peintre pour savoir, presqu'un siècle avant Hubble, que le orange était une couleur à la fois essentielle aux montagnes de roches et aux montagnes d'étoiles.

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mercredi 27 octobre

Blog-note inutile

Comme vous l'aurez observé, j'essaie d'alterner les jours avec et les jours sans.
Aujourd'hui, par exemple est un jour sans, puisqu'hier était un jour avec.
Demain, par conséquent, sera un jour avec (en plus d'être un autre jour, évidemment).

J'aime bien les deux, pour des raisons différentes que je vous détaillerai peut-être à l'occasion d'un autre jour sans, mais je dois avouer quand même une petite préférence pour les jours avec.

Remarquez tout ceci est un peu ridicule, parce que c'est moi qui décide, finalement, si c'est avec ou sans photo.

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mardi 26 octobre

Fenêtre sur mer



La nébuleuse d'Orion, vue par Hubble.
La largeur de la photo représente 2,5 années lumière. Quand vous comparez aux 8 minutes lumière de la distance Terre-Soleil, vous pensez avec désolation que vous n'aurez pas le temps de tout découvrir l'univers avant Noël.

Alors du coup, pour gagner du temps, je l'ai mise en fond d'écran.

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lundi 25 octobre

Tristes tropismes

Viens de visiter un site de poésie, dont je tairai le nom.
Quelle aventure! Ignorais que cela existât encore, des poëtes à l'écharpe blanche, et empêtrés dans leur zèle de géants.

Pourquoi, sous prétexte d'avoir ressenti, répondre au réflexe d'écrire, si ce n'est pas pour arriver à faire partager ?

Mais le pire c'est vraiment les séances d'autocongratulations trissotines, lorsque chacun accourt contempler l'oeuvre de l'autre, flottant dans sa cuvette.

[Bon, j'exagère un peu, il y a là-bas tout de même un ou deux vrais talents.]

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dimanche 24 octobre

La découverte



Non, ce n'est pas moi qui ai pris celle-ci.
J'aurais bien aimé, mais c'est Eric Kellerman, lequel a aimablement consenti à ce que je la commente.

Alors, au début, il y a du sombre.
Et puis, l'oeil accroche quelques courbes encore indistinctes.
Il est trop tôt encore pour savoir vraiment.
Mais on sent déjà, on espère déjà, dans ces rondeurs juste perçues, une forme nue de femme.

Dès lors l'oeil perd sa nonchalance.
Il fouille l'ombre de bronze, ses profondeurs et ses promesses.

Puis il rassemble, ravive, constitue des images, les oppose, les compare, les réoriente, détermine enfin une position définitive, inhabituelle, étrangement tendue et reposée.
S'attarde en rêveries aimantées sur ce splendide arrondi de hanche, juste au centre, en suit les lignes de lumière qui s'en écartent, finit par deviner, à gauche, incertaine, la masse d'une chevelure.

Rêve enfin d'allumer un projecteur de plus, et puis non, de l'éteindre et de se contenter de la douceur des choses tues.

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samedi 23 octobre

L'interview

- "Bonjour, vous faites quoi comme métier?", demanda le journaliste.
- "Je suis Journaliste", répondit le journaliste.
- "Comme c'est intéressant", dit le journaliste, " pouvez-vous nous expliquer en quoi cela consiste?"
- "C'est le métier le plus passionnant du monde, parce que je suis en prise directe avec l'Information" expliqua le journaliste.
- "Que voulez-vous dire?" demanda le journaliste.
- "Rien, justement. Je ne veux rien dire de plus que l'Information".
-" Si vous ne dites rien, pourquoi trouvez-vous votre métier si passionnant? Je vous pose cette question parce qu'en général, les métiers intéressants sont ceux où l'on apporte une part de soi-même" demanda le journaliste.
- "Ce n'est pas ce que je dis personnellement qui doit intéresser le public, mais l'Information. Servitude et grandeur délétères" dit le journaliste.
- "Et en quoi l'information intéresse-t-elle les gens?" demanda le journaliste, fort à propos.
- "Personne ne le sait vraiment, voyez-vous. C'est un des mystères de l'Information. Tout le monde veut la connaître, mais finalement personne ne s'en sert" dit le journaliste.
- "Si personne ne s'en sert, pourquoi dit-on qu'elle est manipulée?" demanda le journaliste, assez finement.
- "C'est qu'en réalité, elle est manipulée de plusieurs manières" dit le journaliste. "Au départ, lorsqu'on nous la communique, on ne nous dit que ce que l'on veut nous dire. Ensuite, lorsque je la sélectionne, je ne vous dis que ce que je veux que vous sachiez. Enfin, lorsque vous la recevez, vous ne retenez que ce que vous voulez bien entendre".
- "Dans ce cas, est-ce-que cela vaut vraiment la peine de consacrer autant de temps à finalement ne rien dire aux gens?" demanda naïvement le journaliste.
- "Toutes choses égales par ailleurs, cela me rapporte plus que si j'étais un simple intellectuel, et en plus j'ai moins besoin de réfléchir" dit le journaliste.
-"Pourtant, on dit que vous êtes le miroir de notre époque" dit le journaliste.
-"Est-ce une question?" demanda le journaliste.
- "C'est peut-être une réponse" dit le journaliste.

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vendredi 22 octobre

Blog-note de saison



J'ai pris cette photo il y a quelques instants.
Pour les gens qui viendraient d'ailleurs, je suis toujours étonné qu'il y en ait, il s'agit du ciel de Paris à 16h02.

Cette photo n'a rien de particulier. Rien de caché. Rien à deviner.
Il ne s'agit même pas d'un manifeste d'art contemporain, c'est vous dire.

Elle sert juste à rincer la page, un peu.

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jeudi 21 octobre

Blog-note blanche

Journée blanche. Alors je n'ai rien écrit.

[Méfiez-vous de la logique irrésistible de la paresse, je viens presque de me faire avoir.]

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mercredi 20 octobre

Tremblements de textes



J'ai pris cette photo il y a quelques années.

Voyons si vous devinez où et à quelle occasion... (justifiez, aussi !)

Et si vous voulez que je vous dise la solution tout de suite (ne cassez pas votre écran en le retournant):
-  'alqissod sed'uou -

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mardi 19 octobre

Tiens, l'heure d'écrire...

C'est l'heure idoine.

L'heure où les bruits du jour s'effacent.

"Après minuit commence l'heure des vérités pernicieuses" disait Mimile le roumain.
C'est inexact. Elles étaient là tout le temps. Juste, on les entendait moins.

Tout comme le ventilateur du PC, un autre bruit discret de la nuit mensongère. Ou le cliquetis tour à tour incertain et servile de nos claviers.

C'est l'heure idoine parce que propice à l'écriture du passé immédiat: les sensations du jour fini sont à portée de phrase.

Surtout, les mots pour les décrire sont mélangés de frais, et prêts à s'assembler dans un désordre très charmeur de noctambules.

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lundi 18 octobre

Top chrono

Ayé cette semaine, j'innove. Je mets des images.
[Oui, pour la couleur on verra plus tard.]

Celle ci-dessous provient d'un processus de création hybride initié par le sieur Barfly, où quelqu'un (lui-même) crée l'image avec une légende et où quelqu'un d'autre (au hasard dans le monde) écrit un texte dessus.
Ce qui est intéressant dans ce procédé, c'est d'écrire avec la contrainte d'une référence qu'on n'aurait jamais eu l'idée de créer soi-même.
Bon, allez, j'essaie.

PEUR


L'instant était massivement critique.
Plus qu'une poignée de secondes avant l'explosion de la charge nucléaire.
Mais il fallait encore extraire le détonateur.

Tout à coup ce fut la panique.
Il avait tout oublié. Les années d'entraînement. Les drill-tests.
Tout.

Alors, se forçant à respirer profondément, il tâtonna à la recherche de ses lunettes de vision nocturne, puis les ajusta avec fébrilité.

C'était clair, désormais.

C'est dans ce sens là qu'on dévisse.

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dimanche 17 octobre

Blog-note atone encore

Et puis aujourd'hui aussi !

[On y prend vite goût, à relâcher, méfiance.]

Vivement lundi.

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samedi 16 octobre

Blog-note atone

Aujourd'hui, c'est relâche.

C'est vrai, quoi, ça deviendrait presque quotidien, ce truc, si on n'y faisait pas attention !

Alors non, je m'insurge.

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vendredi 15 octobre

Une visite édifiante

Viens de m'extraire d'un bien joli blog où il y a de bien jolies filles bien joliment dénudées.

Heureusement, il y avait des labels "photo d'art" partout, ce qui permet d'en parler en prime time.

Ah oui, j'en vois déjà qui ne connaissent pas trop la version photo d'art ?

Bon, alors apprenez que c'est la présence des éléments suivants qui permet de déterminer à coup sûr si c'est de l'art ou du cochon:
- proportion majoritaire de photos noir et blanc, sépia ou monochrome ? + 5 points
- proportion minoritaire de lumière, raréfiée et plutôt rasante, en tout cas on voit pas grand-chose finalement ? + 5 points
- prose artisticoberlificoteuse du photographe ? + 5 points
- proses néanmoins tentateurs des modèles ? + 5 points
- poses hiératiques ou torturées ? + 5 points
- présentation d'accessoires luxueux et/ou incongrus ? + 5 points

Donc si vous détectez plus de 10 points, vous pouvez consulter d'un cybercafé américain sans devoir garder votre cagoule, et même sans devoir expliquer à votre voisine que vous faites une thèse sur les filles nues.

C'est un beau métier, photographe d'art, à la réflexion. Ca se passe en deux étapes:
1- on trouve des idées saugrenues pour demander aux filles de se déshabiller
2- elles acceptent.

Bêtement, moi, pour voir des filles nues, comme tout le monde, je me suis longtemps cru obligé de les embrasser d'abord. Vous n'imaginez même pas le nombre de fois où, alors que je n'étais poussé que par une légitime curiosité, j'ai été contraint d'embrasser une fille. Car, étrangement, si je lui avais proposé d'enlever ses vêtements sans cette précaution d'usage, elle m'aurait certainement traité de pervers.

Hum, plus j'en parle, plus elle me plaît, l'option art.

Alors si vous êtes une très jolie brune... n'hésitez pas, venez avec votre robe la plus légère, je m'occupe des prétextes.

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jeudi 14 octobre

Une pièce maîtresse

Ah, les blogs des autres... Et nos affinités électives. Une courte question posée par Jeanne il y a quelques jours.

Alors bon, oui à première vue, c'est comme des petites fenêtres laissées exprès sans rideaux, les blogs des autres. Quand on passe devant, on voit l'intérieur de leur esprit.

Qu'on croit.

Parce qu'évidemment on voit juste l'intérieur de la pièce laissée sans rideaux.

Et quand l'habitant vient spontanément y déclamer ses bricoles, dans cette pièce-là, il s'agit de bricoles spontanées assez prévues. Pour ne pas dire calculées.

Donc un blog des autres, c'est des bricoles bricolées exprès pour des passants qui passent.

Oui ? Comment ça "calculées", il y en a qui ne sont pas d'accord, ils avaient l'impression d'être spontanés ? Heu, et cette spontanéité voulue, ça serait pas un calcul, des fois ?

Et puis parfois c'est bien de calculer, rassurez-vous: c'est dire avec un but. C'est ajouter le lecteur à la simple nécessité d'écrire pour soi. Donc c'est poli. Et puis, tout de même, c'est aussi insérer ce nécessaire et fameux petit décalage neuronal qui permet de transformer une réaction en action.

Alors, pour revenir à la question, ce qui est amusant quand on visite un blog des autres, c'est de considérer que cette petite pièce sans rideaux est en réalité une pièce de puzzle, et de s'essayer à reconstituer l'image complète.

En tout cas, c'est ce qui m'amuse moi.

C'est comme tenter de reconstituer l'intérieur d'un hôtel particulier en regardant à travers la fenêtre de la cuisine, ou, pour certains blogs, de la chambre à coucher. C'est être le Poirot de la cuisine, en quelque sorte. Ou le Mannix de la chambre, si vous préférez les détectives un peu plus sexe.

Maintenant, pourquoi choisir une fenêtre plutôt qu'une autre ?

Oui, bon d'accord, demain.

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mercredi 13 octobre

Une soirée perdue

(Me vient d'un coup une réminiscence de l'ami Alfred, qu'il me pardonne l'adaptation).

J'étais seul l'autre soir au théâtre Jouvet,
Ou presque seul. L'auteur n'avait pas grand succès.
Ce n'était que Müller et nous savons de fait
Que ce grand maladroit qui fit un jour Quartett,
Ignora le bel art etc.

Donc en résumé, n'y allez pas. C'est pompeux, prétentiard, et surtout lourdingue.
En dépit des efforts méritoires d'Arestrup et Valadié, les quelques rares saillies de la pièce ne valaient pas de s'enfermer à double tour dans Laclos.

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mardi 12 octobre

Blog-note orange

En me promenant dans l'univers étrange des blogs professionnels, j'ai aperçu une suggestion de création d'un blog dédié à la mobilité urbaine.

Dans ce cas, l'idéal serait un blog sur la mobilité urbaine qu'on pourrait lire sur son portable pendant les embouteillages, par exemple.

On y trouverait une mine de choses indispensables.
Des informations sur les rues libres qu'on aurait dû prendre juste au carrefour d'avant, le téléphone de sos baby-sitter, et puis quelques phrases anti-stress à psalmodier avant les intersections.

Les utilisateurs enregistrés pourraient recevoir en bonus un code spécial pour télécharger gratis une sonnerie deux-tons de pompiers, valable trois minutes. Et pour la diffuser à pleine puissance sur l'auto-radio, il suffirait de connecter le portable sur l'allume-cigare (internet sur électricité via la technologie CPL - Coup du Pompier en Ligne).

Le business-model du blog pourrait évoluer ensuite vers une offre payante incluant dans un forfait mensuel la fourniture d'armes de quatrième catégorie pour le franchissement rapide de carrefours bouchés, et également la mise à disposition d'avocats pénalistes.

Et livraison d'oranges par une très jolie brune, bien entendu.

On le voit, tout reste à faire sur ce marché.

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lundi 11 octobre

Une amie parfaite, par définition.

Après la lecture de Mode Défilé, quelques lectrices m'ont demandé, en privé, ce qu'est une amie parfaite. Pour un homme, s'entend.

Voici.

Considérons l'ensemble des personnes du sexe.

On pourrait dire qu'il y a les non-amies et les amies. Selon votre nature, évidemment, vous direz que les non-amies, ce sont soit toutes celles que vous ne connaissez pas encore, soit toutes celles que vous connaissez déjà.

Parmi les amies, on pourrait dire qu'il y a les amies obligées et les amies élues. Les amies obligées, ce sont, pour simplifier, toutes celles qu'on n'aurait pas élues sans une cause extérieure à elles, quelle que soit la raison. On pourrait les appeler les amies sociales, aussi, les obligées, ce serait d'ailleurs plus joli. Mais c'est très très rare, les amies obligées. Demandez autour de vous par exemple, personne n'en a, c'est certain. Mais tout le monde en a entendu parler. Des amies yéti, quoi.

Parmi les amies élues, il y a celles qui ne pourraient pas être nos amantes et celles qui pourraient. Bon, là, chacun procède à son petit classement personnel avec ses raisons à lui, d'accord ?

Enfin, parmi les amies élues qui pourraient être nos amantes, il y a celles qui le seront devenues, et puis il y a les amies parfaites.

Ainsi, les amies parfaites, ce sont celles qu'on préfèrerait vraiment, dans la mesure du possible, et tant que nos faiblesses nous le permettent, garder comme amies. Parce qu'elles sont belles et heureuses ainsi. Et que, devenues nos amantes, elles souffriraient de nous. Il s'agit d'un statut bien plus enviable que celui d'amante, à la réflexion.

En relisant, je m'aperçois que j'ai oublié une catégorie, celles qui ne voudraient pas devenir nos amantes.

Mais c'est que je ne vois pas où les mettre, aussi.

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dimanche 10 octobre

Une, deux, trois, quatre-quatre

Devant ma sortie de garage, dans cette rue étroite, un 4*4 de biais. Les 4*4, comme les Porsche, sont les véhicules les plus souvent garés en biais à Paris. Il doit y avoir un défaut avec la direction sur ces voitures, quand on fait un créneau.

Vous trouverez rarement une Twingo ou une Ferrari garée de biais, par exemple. Il faut dire qu'une Ferrari vaut beaucoup plus cher qu'une Porsche ou un 4*4, donc il faut déjà la trouver.

Et il faut dire aussi qu'un PV vaut presque plus cher qu'une Twingo.

Enfin, bon, j'avais besoin de sortir ma voiture, moi. Je hèle donc le cocher perché du 4*4.

La vitre courbée-teintée-blindée s'abaisse dans un "chuintement feutré" [dixit à coup sûr la doc commerciale]. Le débonnaire jeune homme apparu derrière m'explique qu'il attend un ami qui a deux voitures garées au sous-sol. En voyant l'intérieur de la voiture, empli de rouleaux de tissus, je comprends mieux l'intérêt du 4*4 à Paris: ce n'est pas pour la piste, c'est pour le Sentier.

Deux voitures.

Et en quoi deux voitures garées au sous-sol, plutôt qu'une ou trois, changeraient quoi que ce soit à quoi que ce soit ? Le temps d'attente était-il dû au fait que ces voitures étaient garées l'une derrière l'autre, par exemple, entraînant des manoeuvres délicates, au sous-sol ? Ou au fait que cet ami, tous les matins, passait plusieurs heures à hésiter entre l'une et l'autre de ses voitures, au sous-sol ?

Toujours est-il que mes réflexions sont interrompues par la fin du problème. Le portail s'ouvre, et le 4*4 fait marche arrière pour laisser sortir la voiture de l'ami.

Bah oui, une Porsche.

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samedi 09 octobre

Mode défilé

Jeudi soir, j'étais assis entre une merveilleuse blonde voisine de droite et une merveilleuse brune voisine de gauche. Ce qui forme un entourage idéal pour la méditation, vous en conviendrez.

A quelques mètres devant, sur le podium, une vingtaine de créatures à la chair rare défilaient avec vous savez cette ridicule habitude d'enfoncer des clous invisibles à l'aide de leurs talons, les épaules à la poursuite de hanches tirées par un treuil, les bras raides comme ceux d'une schizo catatonique, et l'air d'être punies pour l'éternité.

Ma blonde voisine de droite est une amie parfaite. Ma brune voisine de gauche, une parfaite inconnue.

De temps en temps, ma voisine blonde approchait sa bouche de mon oreille. De temps en temps, ma voisine brune approchait, elle, tout entière. Elle me prenait, en vain, pour quelqu'un d'important, sans doute à cause de mon amie parfaite qui me parlait si secrètement.

Quand ceci vous arrive, on vous dévisage en général d'une manière méthodique. Puis le regard se place en mode défilé, ou "search in progress" dans les pays moins frivoles.

S'y succèdent dès lors toutes les images de gens importants-mais-pas-trop-connus-non-plus stockées au cours de l'apprentissage du monde. Ensuite, c'est le mode délibération: "bon, ça doit encore en être un que je ne connais pas, décidément, faut-il ajouter cette nouvelle image à ma collection de célébrités approchées ? ". On lit parfois, à cet instant-là, dans ces yeux-là, un stress poignant.

Mais, sachez que vous pouvez aider ces personnes: pour les faire directement passer du mode défilé au mode "storage not required", il suffit de leur sourire.

Bonus bonté: dans 97% des cas, elles vous le rendront. Les 3% sont celles que vous, vous n'avez pas reconnues, évidemment.

La brune avait un très joli sourire, pour une inconnue.

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vendredi 08 octobre

Mouillages singuliers

Viens de passer quelques instants à ricocher d'îles en îles. D'îles d'elles en îles d'ils.
Arrive presque à reconnaître un il d'une elle, maintenant. Mais le jeu est ailleurs.

Le jeu consiste à partir d'une île munie d'une liste raisonnable de blogzamis (il en faut au moins une dizaine). Puis à cliquer sur le premier, s'imprégner de quelques messages, revenir à la liste, et cliquer sur le suivant.
L'île s'entoure peu à peu d'un halo particulier, une sorte d'addition sensorielle d'îles reliées, dont la somme est unique.

Elle ressemble alors au port d'attache d'une compagnie dont le nom serait affiné par les destinations de ses vaisseaux.

De temps en temps, on trouve un lien déviant, dans cette liste.

Un lien vers une île éloignée des autres, une île dont l'apparence est même si différente qu'on l'aurait crue un endroit "où on peut pas aller d'ici".

Mais pourtant. Le lien a été établi. Il existe une affinité cachée. On croyait avoir cerné toutes les routes maritimes de la compagnie, il faut déjà changer son nom.

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jeudi 07 octobre

Mais...

...il faut bien avouer que c'est la culpabilité qui donne son amertume au plaisir.
Alors que l'amertume du chocolat, par exemple, vient de la concentration en cacao.

... il faut bien avouer que l'un des plaisirs secrets du chocolat, tout de même, c'est la culpabilité.

Que la vie est compliquée.

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mercredi 06 octobre

Matin de ruelle

C'est un hôtel luxueux peuplé de souvenirs à la peau douce. Je le regarde parfois en passant, à l'automne.

Ce matin-là, la ruelle derrière héberge une file d'hommes et de femmes un peu honteux. Ils attendent devant une porte. C'est à peine s'ils osent se regarder. Unis dans une même incertitude sociale, ils tentent pourtant de ne pas s'agréger. Si chacun est là, c'est par hasard, en effet. Bien sûr il y en a sans doute un qui fait le fanfaron et qui pérore, en briscard tanné. Mais les autres, non. Ils ont le silence terni de ceux qui voudraient être absents.

Et puis une femme sort d'un couloir proche et vient ouvrir cette porte. Assez blonde, et assez grande, et assez belle. Elle est à l'aise devant cette porte. Elle y vient parce qu'elle y travaille.

Les autres parce qu'ils ne travaillent pas.
 
Alors elle vient juste l'ouvrir et les regarde passer. Mais elle ne l'empruntera pas pour revenir à l'intérieur. Ce n'est pas sa porte à elle. Faut pas confondre, tout de même.

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mardi 05 octobre

Massage personnel

Les shampouineuses se suivent et ne se ressemblent pas.

J'ai bien aimé celle de ce matin, par exemple.

Ce n'était même pas à cause de sa robe, elle n'en avait pas. Les coiffeurs d'aujourd'hui enveloppent leur personnel, masculin ou féminin, d'un truc ressemblant le plus possible à un sac noir.
Donc elle était dans un sac noir.

Ce n'était même pas à cause de sa technique de shampouinage. Elle faisait cela avec une concentration appliquée de débutante. Ou de récemment démoulée, en tout cas.

Ce n'était pas non plus à cause de sa manière post-shampouinale de me masser le crâne. Certaines le font si langoureusement qu'on est tout à coup étonné de les voir encore habillées.

Non, c'était dû à une façon très particulière de frôler ma nuque avec ses seins.

J'essayais de me représenter la position bizarrement courbée qu'elle devait prendre pour y parvenir. Et je me demandais si c'était volontaire ou involontaire, cette option confort parfumé.

Si c'était involontaire, il n'y avait que trois explications: soit elle était insensible des seins, et par conséquent ne prêtait guère attention à leur zone de chalut, soit elle avait des seins trop volumineux, soit des bras trop courts.

Si c'était volontaire, ah mais si c'était volontaire... c'est qu'elle avait des démangeaisons quelque part.  Une étiquette dans son corsage par exemple. Et ses mains trempées l'obligeaient à ces ruses de chatte.

Je demanderai la même la prochaine fois, pour vérifier.

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lundi 04 octobre

Blog-note verte

Ayé. J'ai trouvé.

J'ai trouvé à quoi ça sert, un blog.

C'est pour se souvenir des bricoles.

C'est une éphéméride de l'anodin, en somme.

Des pensées simplettes, autant dire des pensettes, qui d'ordinaire auraient disparu toutes seules entre deux neurones mais qui là se retrouvent tout à coup écrites.

Ah la puissance de l'écrit, la vérité absolue de nos manuels... pourtant, lire un blog, c'est tout de même apprendre avec des pensettes. Faut se méfier. N'importe qui a vite fait d'écrire n'importe quoi, avec l'assurance de l'incognito. Et voilà soudain quelques assertions à vocation définitive qui viennent parader, rosissantes, devant la curiosité du monde.

Bon, ici c'est un blog qui débute, alors forcément, il n'y a pas encore de monde du tout, mais qui sait, un jour, quelqu'un...   Cette très jolie brune en très jolie robe verte peut-être ?

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dimanche 03 octobre

Blog-note bleue

Aucune note trouvée.

On a beau chercher, non, rien.

C'est ennuyeux un blog sans note, tout de même. On n'est pas trop habitué. On pourrait croire qu'il n'y a rien à dire par ici. Qu'il va peut-être falloir aller à deux ou trois blogs de là pour trouver enfin quelque chose à lire.

Pour la première note en plus, c'est consternant. C'est celle qui donne le la. Mais une absence de note, il faut bien avouer que ça envoie un si. Et SI le maître du blog n'avait vraiment rien à dire ?

Oh, mais vous pouvez toujours chercher. Même retourner des mots pris au hasard, fouailler la syntaxe, chercher la clé des sens, non, rien. Je l'ai fait avant. Il n'y a juste rien, jusqu'à présent.

C'est à se demander pourquoi écrire, même.

C'est vrai, ça, pourquoi écrire dans un blog ?
Est-ce pour être lu ? Ou pour être répondu ?
Ou juste pour être branchu ?

Parce qu'être lu, bon, pourquoi pas, mais bon, hein. Je ne sais pas qui vous êtes, vous qui me lisez. Oui, vous. Vous n'êtes peut-être même pas la très jolie brune en très jolie robe bleue que j'ai aperçue l'autre jour. Vous voyez bien, j'en étais presque sûr. Alors, bon, écrire...

Et que l'on réponde, pourquoi pas, mais faut voir, tout de même. Ce n'est pas si facile de répondre quand rien n'est dit, ou presque. Je n'aimerais pas être à votre place, en tout cas. Je risque de recevoir des réponses à côté. Si j'en ai.

Enfin, être branchu, vu que j'ai un pseudu, je m'en fus.

Et vous autres, là, vous écrivez pourquoi, au fait ?

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