Saint-Lunaire et les mystères de l'existence

Variations imprévisibles sur l'existence et ses produits dérivés.

samedi 17 février

Signe fort

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Pour exprimer l'indicible rien ne vaut la mixité grammaticale.

C'est pourquoi, quand je suis très énervé,  il m'arrive d'écrire en arabinois.

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mardi 13 février

Les pavés de Bruxelles

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Pavés de Bruxelles véritables, d'après Richard Carlier.


Ce que j’aime bien là-bas, avec les pavés, c’est qu’il y a des choses qui poussent, entre.

Oh c’est pas des bien grandes choses, tenez.

C’est d’ la fleurette de ville, qui se conte mêm’ pas aux filles, tant elle fait peine à voir.

C’est des fois d’ la brindille sans même une fleur au bout, qu’on sait pas d’où elle vient, mais qui s’ trouve là quand même, et pis qui s’y trouve bien.

Ou bien c’est des p’tits sous, avec des éclats d’or, enfin on croit qu’ c’est de l’or, mais c’est rien qu’un bout d’ cuivre, mais bon, ça vaut d’ l’argent, et puis au moins ça brille, un peu comme le diamant sur les pavés d’Anvers.

Oui, mais là c’est Bruxelles, alors ça brille plus fort. Parce que ça brille aussi des pas qui sont v’nus là, tous ces talons pointus, et tous ces souliers plats, qui v’naient prom’ner un peu entre les gouttes de pluie des songeries d’amoureux. Alors ça brille encore.

Et puis des fois y a rien, rien qu’un espace disjoint.

Mais c’est just’ pour l’instant, parce qu’on sait pas demain, y aura bien un coup d' vent, y aura bien un’ brindille, un’ fleurette, un p’tit sou, ou même un talon d’ fille.

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vendredi 02 février

La faille

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Certains d'entre vous l'auront remarqué, la précédente note datait du mardi 1er février, et nous sommes aujourd'hui vendredi 2 février.

Le mercredi et le jeudi ont disparu.

D'un certain côté, c'est assez logique: puisque le 1 était le mardi, et le 2 le vendredi, on ne voit pas bien quel chiffre on aurait pu leur donner, au mercredi et au jeudi de cette semaine. Et un jour de semaine sans date, comment le distinguer des autres ? Alors bon.

D'un autre côté on peut se demander pourquoi le 2 était un vendredi au lieu d'un mercredi. Sans doute une erreur quelque part. Dans le logiciel de calcul des dates du blog par exemple, qui se serait un peu emmêlé les octets, déjà qu'il y a les années bissextiles, parfois, en février...

Si l'on ne se satisfait d'aucune des explications précédentes, on est évidemment obligé de considérer l'hypothèse de la faille temporelle. La réalité serait alors que le mercredi et le jeudi de cette semaine n'auront pas été retenus dans l'histoire de l'univers. Quelqu'un les aura fait disparaître de l'agenda général, soit parce qu'il aura eu quelque chose à dissimuler, soit pour faire une expérience et vérifier si ça se remarque, soit tout simplement en manière de farce.

Mais la réalité est bien plus effrayante.

Entre ce 1er et ce 2 février se sont écoulés deux ans.
(Merci au passage à celles et ceux qui sont venus déposer de jolies fleurs sur ma dernière note.)

Oui, deux ans.

Alors bien sûr, une question vient aux lèvres: pourquoi ?
Et plusieurs autres, ensuite: pourquoi partir, déjà ? Pourquoi revenir, surtout ? Et pourquoi maintenant, en plus ?
Mais j'y ai déjà répondu mercredi ou jeudi, je crois bien.

Et puis de toute façon, pour l'instant il n'y a encore personne. C'est à peine si j'ai ouvert les volets. Faut que j'aère.

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mardi 01 février

Au delà de la septième note

Complétez habilement la série suivante par au moins une note, et justifiez.

Do  ré  mib  sol  do(+8)  si  fa  xx ?

A vos claviers.

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jeudi 27 janvier

Calme ultime



Bateaux, de Piotr Kowalik.

On aurait presque une impression de fin de dimanche anglais, où même les bateaux s'ennuient.
S'il n'y avait au loin ce ciel étonnamment sombre, tout de même.

Alors, orage, incendie, nuée ardente, nul ne l'a jamais su.
On peut simplement constater que, ce jour-là, les barques s'étaient peureusement rapprochées.

Note: cette photo est la dernière qui nous soit parvenue de cet endroit.

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mercredi 26 janvier

Affaires classées

Hier soir, j'ai rangé mon bureau.

J'ai pris les documents qui s'accumulaient en piles instables à ma gauche et je les ai fait passer à ma droite.

Ce geste rare, puisqu'annuel, constitue un transfert de responsabilité de la zone "en attente de classement" à gauche, à la zone "classés" à droite.

Or la zone "classés " doit être vide. C'est la seule règle de la zone "classés". Ceci requiert donc un classement vertical immédiat. Mais un classement réfléchi tout de même. Il suffit de se poser pour chaque document la question suivante: que se passe-t-il si je le jette ? Etrangement, la réponse est souvent: ben rien, tiens !

Par exemple, vous prenez une facture et vous la jetez, il ne se passe rien. Au pire, si vous ne l'avez pas payée, vous recevez une relance, et puis c'est tout. Autant dire rien, donc.

Dans ces conditions, le classement vertical s'opère assez rapidement, c'est l'affaire d'une petite heure, pas plus.

J'ai donc un bureau net, ce qui donne une énergie nouvelle, pour deux raisons.
- il n'y a plus de classement à faire avant un an
- je peux poser mon café à gauche sans risquer de le renverser.

Cela dit, quand il se renverse, ça a un avantage: les documents illisibles, je les jette tout de suite.

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mardi 25 janvier

Gel instantané



Un autre exemple du Canada d'Etolane, et des conséquences de ses grands froids à -35°.

C'est vrai qu'ils "sont faits forts, les québécois de campagne" comme elle dit.

Un petit quelque chose des marins du port d'Amsterdam, aussi ?
Ah non, eux, dans les étoiles ils se mouchaient, juste.

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lundi 24 janvier

La preuve

L'autre jour, en rentrant de la boulangerie, je suis tombé sur un opuscule mathématique traitant de choses complexes avec simplicité, comme souvent lorsque c'est écrit par un grand esprit.

A un détour de paragraphe, l'auteur y compare en une ligne les forces respectives des preuves mathématiques et juridiques.

Chacun le sait, les maths ont ceci de rassurant que nul ne peut construire sans preuve. La preuve est ce qui permet de lier une brique aux précédentes. Sans ce ciment logique, un mur de certitudes est instable et s'écroule au premier soupir, comme la maison des deux premiers petits cochons.

En mathématiques, une seule preuve suffit. Mais elle doit être aboutie. Une infinité de demi-preuves, ou d'indices concordants, ne prouve rien du tout. Cette prudence fait que certaines assertions a priori évidentes peuvent rester non démontrées pendant des siècles si nécessaire. On les appelle alors des conjectures. Des trucs admis mais pas encore prouvés, faute d'astuce peut-être, ou surtout, faute d'outils.

En revanche, la justice se devant d'être non pas expéditive mais au moins expédiée avant l'extinction, de vieillesse, des coupables présumés, il semble nécessaire de se contenter de preuves incomplètes pour autant qu'elles soient alors nombreuses, et d'un jugement conjectural, justement, faute de mieux.

Ainsi, pour les rigoureuses contraintes de l'esprit, la preuve est indispensable.
Mais pour exercer une contrainte par corps, ou un simple jugement, on se contente d'indices concordants et d'une intime conviction.
Quant à notre troisième part, l'âme et sa béatitude ultérieure, c'est encore plus simple: pas besoin de preuve, même pas besoin d'indice, il suffit juste d'y croire.

Voilà pourquoi il y a si peu de mathématiciens, tant de juges, et toutes ces brebis.

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lundi 17 janvier

Vents étrangers



Bon tout le monde a vu Titan ces jours-ci, mais avez-vous entendu, pendant la descente de Huygens dans le brouillard empoisonné de l'atmosphère, les sons des vents étrangers ?
 
Ca ressemble à du vent de chez nous, avec un petit côté sauvage, en plus.

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jeudi 13 janvier

Chbonk

Des voix, des dizaines de voix, peut-être.
- Ne bougez pas. Restez allongé. Des collègues arrivent, on va vous emmener. Vous savez quel jour on est aujourd'hui ? Vous pouvez me le dire ? Dites-le ? D'accord. Vous avez mal où ? Et puis ? Vous avez perdu connaissance ? Vous avez mal où sinon ? Vous sentez vos bras, vos jambes ? Vos jambes, vous pouvez bouger vos jambes ? Bon. Non ne bougez pas. On va vous retirer votre casque et puis on va vous transporter. Oh là, vous avez pris la taille serrée, vous. Voilà.

Etrangement, un visage familier un instant s'approche.
- T'inquiète pas elle a rien, je la fais mettre à l'atelier pour le passage de l'expert.

D'autres voix, encore, d'autres visages attentifs.
- Désolé, mais on va être obligé de découper votre col coupe-vent. Voilà. Tiens, donne-moi le collier cervical, toi. Voilà. On va vous transférer sur un brancard, maintenant. Bon prêts à lever les gars ? On lève. On referme. Doucement. Ca va vous serrer mais c'est fait pour. Allez, on le monte.

Dans le fourgon, il fait presque plus froid que dehors.
- Il est dedans ? Bonjour monsieur, vous avez des papiers ? Approchez-vous si vous voulez qu'il vous voie. Dans la poche de votre blouson ? Je vais les prendre, ne bougez pas. Vous vous souvenez des circonstances ? Vous rouliez à quelle allure ? C'était un déplacement privé ou travail ? Vous exercez quelle profession ? Il faudra qu'il souffle aussi, il pourra ? Sinon il faudra faire une prise de sang. Tenez, soufflez s'il vous plaît. Allez, on y est presque. Bon, 0, parfait. Je termine avec la déposition de la voiture et je reviens... On va attendre ici la fin de la paperasse des policiers. On bloque presque toute la circulation, avec les cônes on est sur trois files. Ensuite on partira pour les urgences. On y sera dix minutes après. Vous vous sentez comment ? Oui, votre casque est là, votre sac aussi. J'ai mis les gants dedans. Oui, je crois qu'il y a des témoins, une femme qui discute, là. Ah le voilà qui revient, on va pouvoir y aller.

Les portes se ferment, le trajet dure peu de temps, sirènes et gyrophares aidant, mais la température se réchauffe tout de même un peu. Puis c'est le froid à nouveau, à la sortie, et puis le chaud encore, bien plus chaud, et cette étrange impression de voler à l'envers, en flottant près du plafond au ras des séparations de salles, comme dans un rêve déplaisant. Et puis ces attentes successives, changement de brancard, attente, venue de l'interne, attente, transfert radios, attente, radios, attente.

C'est un rêve c'est sûr, sinon je n'aurais pas vu le visage de mon concessionnaire tout à l'heure. Mais ça fait moins mal un rêve tout de même, ou pas aussi longtemps. Et puis c'est pas aussi précis, non plus. Et puis il y aurait eu au moins une très jolie brune.

Alors, non, c'est pas un rêve, c'est sûr, et alors il faut que les radios soient bonnes.

Et quand elles sont bonnes, le premier plaisir est simplissime: c'est de se mettre à nouveau debout.

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mercredi 12 janvier

Schbroumf et Fshhhh



Il y en a qui mâchouillent un gâteau pour revenir dans le temps, moi je regarde une image et alors j'entends des bruits.

En général, c'est assez simple l'association. Par exemple quand je vois de la poudreuse, j'entends des skis dans la poudreuse. Ou, dans les cas les plus complexes, un bruit très très lointain de remontée mécanique. Donc ça ne me surprend pas trop, ces correspondances, et je ne m'extasie pas pendant des pages avec des phrases à n'en plus finir.

Quoi, schbroumf ?
Ben oui ça fait schbroumf, des skis dans la poudreuse, au départ.

Et puis quand on a un peu de vitesse et qu'on enchaîne bien quelques virages, le son change et devient fshhhh. Juste le vent.

Mais ces bruits entraînent à leur tour une plongée du corps dans l'image, avec une poussée proportionnelle au poids des souvenirs déplacés.
 
C'est que par instants, à cause de la vitesse, les skis s'entrechoquent, avec vous savez ces quelques claquements un peu amortis qu'on entend si distinctement en montagne; mais s'installe également, au fur et à mesure que la pente se déroule, cette merveilleuse sensation de voler sur un tapis de neige, laquelle vient jaillir jusqu'aux hanches, parfois jusqu'au visage, en gerbes glacées d'étincelles, jusqu'à ce qu'apparaissent, les grands jours, ces passages d'exception où, lorsque le rythme, la pente et les relances s'harmonisent, le renvoi d'un virage sur l'autre se fait sans plus aucun effort, comme si, porté par un souffle invisible, on suivait sans faillir l'éternité d'une courbe infiniment aimée des dieux.

Et dire qu'il va falloir encore faire la queue pour les forfaits.

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mardi 11 janvier

Lunairator V

Hier j'étais allé me promener en piéton, exceptionnellement.

J'étais en train de traverser sur un passage protégé, comme un bon piéton bien propret. Bon d'accord la loupiote piéton était rouge, mais ce n'est pas une raison, une voiture attendait déjà que certains finissent de traverser, et je marche vite.

Mais voilà que la voiture qui faisait semblant d'attendre se met à avancer comme pour me pousser. Du genre, j'étais le piéton de trop. Y z'avaient bien voulu laisser passer tout le monde jusqu'à aujourd'hui, et là c'était fini. Pire, j'allais même payer pour les autres. Mais si j'avais été un bus ils n'auraient pas poussé comme ça, ils auraient attendu, non ?

Echange de regards courroucés quand je longeais avec anxiété leur pare-chocs que j'étais obligé de fuir en modifiant ma trajectoire, en plus.

Ils étaient deux à l'intérieur, un mec et une nana, et le type, assis côté passager, encourageait la fille à user de son droit du plus métallique. On aurait dit un instructeur d'incivisme. Leur logique existentielle était simple: comme ils avaient une carapace plus solide que celle d'un piéton, ils n'allaient pas hésiter à s'en servir, forcément.

Tant de méconnaissance du monde est navrante: il a bien fallu que je leur explique le contraire, et que si leur bagnole était plus solide qu'un piéton paisible, leur rétro était moins solide qu'un piéton agressé.

Bon, par un reste de sympathie, je l'ai shooté dans le bon sens, de l'avant vers l'arrière, leur rétro conducteur. D'un coup de genou juste au moment où ils démarraient comme des braqueurs de supérette et en me taillant un short. Mais il a tout de même bien craqué. L'a dû être plié au-delà des limites à cause de leur accélération de dragster des boulevards.

Ils se sont arrêtés tout de suite, façon vengeance. Le type a ouvert sa portière dans un geste grandiose de "male attitude". Manque de pot c'est à sa porte à lui que j'étais venu direct, pas à la porte conducteur. Et j'avais l'air contrarié. Alors il est resté assis pour réfléchir sereinement au fait que ce n'était pas la peine d'envenimer les choses, et que le plus important était sans doute que je leur pardonne leur comportement de ringards du volant.

Chose que j'ai faite, vous me connaissez, la bonté même.

Et j'éprouvais en les regardant partir, leur rétro pendouillant mollement au bout de ses câbles, le sentiment d'avoir enfin pu contribuer à leur éducation citoyenne.

Les remords ne sont venus que plus tard. Mais bon, on est humains, quoi.
Oui, même moi.

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lundi 10 janvier

Le choix des aubes



Dans cette image s'est caché un lutin des aubes.
On ne le voit pas bien, mais il y est forcément: c'est la saison.

En fait il y a ceux qui le voient et ceux qui ne le voient pas. Et puis ceux qui croient le voir, pour faire plaisir à ceux qui le voient sans affliger ceux qui ne le voient pas.

Alors faites comme vous voulez, de toute façon on sait à quoi s'en tenir, le lutin et moi.

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mardi 04 janvier

Ta zoa trekei

Les animaux se promènent dans la cour.
De temps en temps l'un d'eux se retourne, comme un gant, et dit: "et hop cabriole, hop! ". Aussitôt les cabrioles apparaissent et les animaux courent pendant la promenade.

Mais cela n'arrive pas tous les jours.

D'autres fois, les animaux s'arrêtent et jouent aux dés.
De temps en temps ils perdent, malheureusement. Ils deviennent alors d'humeur maussade et se mettent à tourner, en rond, de plus en plus vite, jusqu'à ce que l'un d'eux se retourne, comme un gant, et crie: "et hop, cabriole, hop !".

On constate alors qu'ils s'amusent.

L'observation des animaux est très enrichissante, surtout quand on les bat aux dés.

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lundi 03 janvier

USS Dobeliou



Il y avait les porte-avions, les porte-hélicoptères, voici maintenant la dernière merveille de la marine US.

Il s'agit du plus grand porte-voitures du monde, baptisé, selon la tradition pour ces bâtiments, du nom d'un président américain.

On voit d'ailleurs distinctement les pistes de décollage au fond à droite de la passerelle.

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dimanche 02 janvier

Note d'agrément

Je viens juste de dévorer une chose que je réservais pour mes très vieux jours.

Je l'avais mise de côté depuis des années pourtant. En faisant attention à ne pas l'ouvrir. Je savais que si je l'ouvrais, je finirais par me jeter dessus.

Alors ça n'a pas loupé. A 17h17, je l'ai ouverte et donc je me suis jeté dessus.

Ca faisait un peu comme une bouteille de vin que vous gardez pour une occasion particulière. Si vous l'ouvrez en avance, bon, c'est bon mais c'est moins bon que si ç'avait été le jour de l'occasion. Une petite culpabilité, sans doute. Hé bien là c'était presque pareil. Une petite culpabilité, assurément. Mais la différence c'est que c'était bien bien bon tout de même.

Le lecteur l'aura deviné, je parlais bien entendu de la partition de la suite en d (HWV 428) pour piano.

En effet, je ne sais pourquoi, mais j'aime bien déchiffrer du Haendel. J'aime bien aussi la tapenade, par exemple. Or, autant la production d'olives est illimitée, autant Haendel s'est inexplicablement arrêté d'écrire le 14 avril 1759, vers 8 heures du matin, d'après son exécuteur (testamentaire).

Il en résulte que si j'avais continué à déchiffrer du Haendel, un beau jour je n'aurais plus eu de Haendel à déchiffrer.

Bien sûr on peut en rejouer, mais ça n'a rien à voir avec la découverte d'une musique un peu hésitante sur son clavier. En fait l'instant du déchiffrage est unique. C'est comme un premier rendez-vous: on n'a pas de deuxième chance. Et puis je soupçonne mon piano d'aimer raconter de nouvelles histoires de temps en temps.

Donc, lors de mes très vieux jours je veux ne pas avoir tout connu: je veux qu'il me reste encore des déchiffrages de Haendel.

C'est pourquoi j'ai mis de côté quelques partitions pour me permettre d'agrémenter de surprises ma période 100-140 ans. Evidemment, après 140 ans, l'âge venant, il faudra arbitrer entre les découvertes que je veux garder pour le lendemain, et celles que je risque de ne jamais faire pour les avoir remises au lendemain une fois de trop.

Pourtant aujourd'hui, avoir consommé un de ces plaisirs réservés, ça revient à avoir cambriolé un coffre-fort de futur vieillard, non ? Pas de quoi être fier.
...
Mais qu'est-ce que c'était bon.

Et puis quoi, j'ai encore deux recueils tout bien fermés, alors zut.

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samedi 01 janvier

Forêt post-sylvestre (fragment)



Voici un modeste bouquet de fleurs vivantes pour mes visiteuses du soir, de la nuit, et parfois de la journée, en remerciement de leurs charmantes apparitions sur ce blog, l'an passé, et en frais ornement de mes voeux qui "au loin les suivent", comme dit le Louis.

Vous avez vu les feuilles au-dessus ? Elles ressemblent certainement à du gui (c'est vert aussi, non?) Alors, les filles, vous pourrez même en profiter pour venir bisouiller quelque élu devant ma page le 31 à minuit, heure de plopage des parfums de ce bouquet.

Pour ceux qui ne connaissent pas ce terme mais en meurent d'envie, et ils sont au moins six milliards puisqu'il n'existait pas il y a une micro-seconde, l'heure de plopage est l'instant féérique où cette note fleurie, rédigée par précaution avant les ivresses de la saint-sylvestre, mais encore invisible par la magie d'un concours de circonstances, apparaîtra d'un coup au milieu des serpentins.

Je dis ivresses, car au lieu de badoit verte, je boirai de la badoit rouge ce soir-là. Les bulles sont plus fortes et font tourner la tête aux esprits les mieux avertis. Mieux vaut écrire avant qu'après.

Je dis concours de circonstances parce que c'est le meilleur nom que j'ai trouvé pour un logiciel qui fonctionne comme prévu.

Ah, le bouquet ? Il vient d'une île méditerranéenne. Non pas celle-là, une bien plus petite. Mais il a bien supporté le voyage. Même pas fané. Ce qui est bien avec un bouquet vivant, c'est que comme les fleurs sont encore accrochées aux arbres, il reste pimpant hors saison, voyez.

Non, ce n'est pas que j'aie l'intention de me resservir du même l'an prochain, non plus. C'est juste que vous pourrez venir en dessous toute l'année, les filles !

(En-dessous du bouquet ou en dessous de soie, c'est vous qui voyez.)

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mercredi 29 décembre

Il est né le divin robot

Et voilà, ça devait arriver.

Le premier robot qui bouffe les mouches est né ! Bon transformer des cellules en énergie on sait tous le faire naturellement. Mais imaginer qu'un truc en métal ait besoin de bouffer un truc en chair, tout de même ! Je me demande si le scientifique qui a eu cette idée n'était pas lui-même un androïde.

Alors ils disent que c'est pour affronter les mondes hostiles où on n'irait pas, et où les batteries s'épuiseraient, énergie solaire ou pas. En ingurgitant ce qu'il trouverait, il assurerait son autonomie énergétique. Mais je me demande bien ce que même un moustique, par exemple, irait faire à un endroit où on n'est pas. Alors il va mourir de faim leur robot.

Ou alors il faudrait qu'il puisse aussi bouffer les autres robots qui auront été envoyés là-bas où personne ne va. Maintenant s'il bouffe aussi bien le métal que la chair, on le met dans quoi pour l'expédier ?

Et puis imaginez qu'un jour d'été, un jour de grand soleil, où les oiseaux gazouillent, où les enfants se balancent sur les balançoires, où les amoureux se balancent sur les balancelles, vous savez le genre de jour parfait où il se produit une explosion nucléaire sur Los Angeles, hé bien imaginez que, ce jour-là, le robot attrape un moustique sur un bras innocent ?

Et qu'il y arrache quelques microgrammes de cellules humaines ?

Et que ça lui plaise ?

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mardi 28 décembre

Réflexion orange



Une "réflexion orange" de Piotr Kowalik.

Non, ce n'est pas ukrainien, ni post-halloweenien, ni marmeladien d'abricot. Ce n'est même pas un bâton touilleur oublié dans un bassin de tétrachlorofluorure d'isopropyltoluène soufré. Ce n'est pas non plus le sommet de la tour Eiffel un jour de grande pollution estivale, même si ça fait un peu chimique.

C'est juste une réflexion orange, comme il dit.

Certains ont des réflexions à brûle-pourpoint, ou à tout bout de champ, mais pas lui. Lui c'est des réflexions orange.

A priori on pourrait croire qu'une banale réflexion orange renvoie moins bien une image qu'un miroir glacé. En fait non. On s'y voit mieux. L'esprit se noie dans la couleur et s'accroche au premier morceau de bois qui passe. Et c'est une fois accroché qu'il s'échappe, appuyé sur cette seule forme reconnaissable.

On se demande en effet ce qu'il fiche là, ce bâton. Pourquoi il est fiché là, plus précisément. Etait-ce intentionnel ? Parce qu'il n'y a que l'intention qui compte, en photo. Et cet angle, surtout ? Ben oui tiens, pourquoi cet angle ? On dirait celui d'une flèche qui vient de se planter en vibrant avec un message attaché au bout. Ou alors c'était une pancarte qui a été arrachée par un collectionneur de pancartes profitant d'une brume complice. Alors on se perd un peu dans quelques réflexions sur les messages, les signes de piste, les collectionneurs, les brumes et les complicités.

Et puis en reculant un peu, on imagine une mouette, ou une déchirure, ou une inégalité.

Une inégalité vérifiée: l'espace vide à gauche du signe est bien supérieur à l'espace vide à droite. Une inégalité auto-démontrée. Et qui s'applique à la photo tout entière. Une inégalité réflexive.

En reculant encore, on aperçoit juste une légère imperfection dans un rectangle orange. C'est suffisant pour attiser la curiosité. Peut-être faudrait-il s'approcher de nouveau ?
 
Et quel autre morceau de nous-même allons-nous y trouver planté, nous attendant ?

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lundi 27 décembre

Drame parisien

Acte I, scène unique.
La scène est à Paris, et c'est cool sous le pont Mirabeau.

Premier Couteau - Où ai-je donc rangé ce f*** couteau ?

Deuxième Couteau - Tiens j'en ai un deuxième. J'm'en sers jamais ou presque. Hé ben, prends-le !

Premier Couteau - Vous plaisantez, je présume. Si j'utilise votre deuxième couteau, de quoi aurai-je l'air, moi qui suis Premier Couteau ?

Deuxième Couteau - T'auras moins l'air d'un con que si t'as pas de couteau du tout, déjà !

Premier Couteau -  Je vous en prie, n'abusez pas de la situation. Nous n'avons pas aiguisé les couteaux ensemble, aussi voudrez-vous bien ne pas m'asperger de vos familiarités.

Deuxième Couteau - Hé dis-donc, tu trouves pas que t'en fais un peu trop pour un Premier Couteau ?

Premier Couteau - Contentez-vous de méditer sur votre rôle de Second Couteau et des raisons pour lesquelles vous êtes réduit à ces médiocrités.

Deuxième Couteau - Alors là, je rigole ! Ah ben oui, je rigole ! C'est à peine si le rideau y vient de se lever et qu'est-ce qu'on voit ? Deux pauvres figurants à couteaux tirés ! Tout ça parce que l'auteur y sait pas par quoi commencer. Et qu'en plus, y en aurait un soi-disant qu'y serait mieux né, mais y vient sans son matériel, et le pire y comprend même pas qu'on lui fait dire n'importe quoi rien que pour aguicher le public et démarrer in media res !

Premier Couteau - Quand vous vous emportez, vous changez de niveau de langue, avez-vous remarqué ? C'est cela qui prouve votre basse extraction, voyez-vous; un personnage de qualité se doit de posséder une constance et une unité. Il est flagrant ici que vous avez été conçu grossièrement, et je comprends d'ailleurs difficilement que l'on ait pu envisager de vous donner accès au texte.

Deuxième Couteau - ... (long silence)

Premier Couteau - J'aime mieux ça.

Rideau

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