vendredi 02 février
La faille

Certains d'entre vous l'auront remarqué, la précédente note datait du mardi 1er février, et nous sommes aujourd'hui vendredi 2 février.
Le mercredi et le jeudi ont disparu.
D'un certain côté, c'est assez logique: puisque le 1 était le mardi, et le 2 le vendredi, on ne voit pas bien quel chiffre on aurait pu leur donner, au mercredi et au jeudi de cette semaine. Et un jour de semaine sans date, comment le distinguer des autres ? Alors bon.
D'un autre côté on peut se demander pourquoi le 2 était un vendredi au lieu d'un mercredi. Sans doute une erreur quelque part. Dans le logiciel de calcul des dates du blog par exemple, qui se serait un peu emmêlé les octets, déjà qu'il y a les années bissextiles, parfois, en février...
Si l'on ne se satisfait d'aucune des explications précédentes, on est évidemment obligé de considérer l'hypothèse de la faille temporelle. La réalité serait alors que le mercredi et le jeudi de cette semaine n'auront pas été retenus dans l'histoire de l'univers. Quelqu'un les aura fait disparaître de l'agenda général, soit parce qu'il aura eu quelque chose à dissimuler, soit pour faire une expérience et vérifier si ça se remarque, soit tout simplement en manière de farce.
Mais la réalité est bien plus effrayante.
Entre ce 1er et ce 2 février se sont écoulés deux ans.
(Merci au passage à celles et ceux qui sont venus déposer de jolies fleurs sur ma dernière note.)
Oui, deux ans.
Alors bien sûr, une question vient aux lèvres: pourquoi ?
Et plusieurs autres, ensuite: pourquoi partir, déjà ? Pourquoi revenir, surtout ? Et pourquoi maintenant, en plus ?
Mais j'y ai déjà répondu mercredi ou jeudi, je crois bien.
Et puis de toute façon, pour l'instant il n'y a encore personne. C'est à peine si j'ai ouvert les volets. Faut que j'aère.
dimanche 02 janvier
Note d'agrément
Je viens juste de dévorer une chose que je réservais pour mes très vieux jours.
Je l'avais mise de côté depuis des années pourtant. En faisant
attention à ne pas l'ouvrir. Je savais que si je l'ouvrais, je finirais
par me jeter dessus.
Alors ça n'a pas loupé. A 17h17, je l'ai ouverte et donc je me suis jeté dessus.
Ca faisait un peu comme une bouteille de vin que vous gardez pour une
occasion particulière. Si vous l'ouvrez en avance, bon, c'est bon mais
c'est moins bon que si ç'avait été le jour de l'occasion. Une petite
culpabilité, sans doute. Hé bien là c'était presque pareil. Une petite
culpabilité, assurément. Mais la différence c'est que c'était bien bien
bon tout de même.
Le lecteur l'aura deviné, je parlais bien entendu de la partition de la suite en d (HWV 428) pour piano.
En
effet, je ne sais pourquoi, mais j'aime bien déchiffrer du Haendel.
J'aime bien aussi la tapenade, par exemple. Or, autant la production
d'olives est illimitée, autant Haendel s'est inexplicablement arrêté
d'écrire le 14 avril 1759, vers 8 heures du matin, d'après son
exécuteur (testamentaire).
Il en résulte que si j'avais continué à déchiffrer du Haendel, un beau jour je n'aurais plus eu de Haendel à déchiffrer.
Bien sûr on peut en rejouer, mais ça n'a rien à voir avec la découverte
d'une musique un peu hésitante sur son clavier. En fait l'instant du
déchiffrage est unique. C'est comme un premier rendez-vous: on n'a pas
de deuxième chance. Et puis je soupçonne mon piano d'aimer raconter de
nouvelles histoires de temps en temps.
Donc, lors de mes
très vieux jours je veux ne pas avoir tout connu: je veux qu'il me
reste encore des déchiffrages de Haendel.
C'est pourquoi
j'ai mis de côté quelques partitions pour me permettre d'agrémenter de
surprises ma période 100-140 ans. Evidemment, après 140 ans, l'âge
venant, il faudra arbitrer entre les découvertes que je veux garder
pour le lendemain, et celles que je risque de ne jamais faire pour les
avoir remises au lendemain une fois de trop.
Pourtant
aujourd'hui, avoir consommé un de ces plaisirs réservés, ça revient à
avoir cambriolé un coffre-fort de futur vieillard, non ? Pas de quoi
être fier.
...
Mais qu'est-ce que c'était bon.
Et puis quoi, j'ai encore deux recueils tout bien fermés, alors zut.
mercredi 29 décembre
Il est né le divin robot
Et voilà, ça devait arriver.
Le premier robot
qui bouffe les mouches est né ! Bon transformer des cellules en énergie
on sait tous le faire naturellement. Mais imaginer qu'un truc en métal
ait besoin de bouffer un truc en chair, tout de même ! Je me demande si
le scientifique qui a eu cette idée n'était pas lui-même un androïde.
Alors ils disent que c'est pour affronter les mondes hostiles où on
n'irait pas, et où les batteries s'épuiseraient, énergie solaire ou
pas. En ingurgitant ce qu'il trouverait, il assurerait son autonomie
énergétique. Mais je me demande bien ce que même un moustique, par
exemple, irait faire à un endroit où on n'est pas. Alors il va mourir
de faim leur robot.
Ou alors il faudrait qu'il puisse aussi
bouffer les autres robots qui auront été envoyés là-bas où personne ne
va. Maintenant s'il bouffe aussi bien le métal que la chair, on le met
dans quoi pour l'expédier ?
Et puis imaginez qu'un jour
d'été, un jour de grand soleil, où les oiseaux gazouillent, où les
enfants se balancent sur les balançoires, où les amoureux se balancent
sur les balancelles, vous savez le genre de jour parfait où il se
produit une explosion nucléaire sur Los Angeles, hé bien imaginez que,
ce jour-là, le robot attrape un moustique sur un bras innocent ?
Et qu'il y arrache quelques microgrammes de cellules humaines ?
Et que ça lui plaise ?
jeudi 09 décembre
De la dynamique des blogs
Je lisais récemment un papier sur la dynamique des corrélations. Oui oui, juste la synthèse !
a- lorsqu'une molécule en rencontre une autre, chacune emporte un
souvenir de la collision sous forme d'une nouvelle vitesse, corrélée,
qui dépend de sa vitesse précédente et de la vitesse de l'autre, et qui
détermine donc la suite de son parcours. Sa prochaine collision n'aura
lieu qu'à cause de la dernière, sinon la molécule se serait trouvée
ailleurs à ce même instant.
b- les équations associées sont irréversibles: il est impossible d'annuler une collision passée.
c- l'ensemble des trajectoires possibles pour un groupe de molécules se
réduit de plus en plus avec le temps, équivalant à une réduction de
l'amplitude de variation des trajectoires individuelles, même si
chacune reste libre.
Alors on se met à penser aux blogs, évidemment !
a- on voit bien que chaque collision blog/lecteur génère une nouvelle
trajectoire de butinage, ne serait-ce qu'à cause des liens proposés,
mais aussi à cause des réflexions produites.
b- on sait bien que chaque lecture, chaque dialogue, chaque rencontre est ineffaçable.
c- on connaît bien la propension de chacun à évoluer dans un cercle de
plus en plus réduit de blogs tiers, avec le temps, même si parfois on
se réserve quelques chevauchées anarchiques juste pour dire qu'on part
à la découverte, ce jour-là.
Et on se dit alors qu'avec nos
milliards de neurones et notre libre-arbitre, on est aussi prévisibles
qu'une simple molécule...
mercredi 01 décembre
Questions d'époque
En farfouillant parmi d'augustes volumes, je viens de tomber sur une
sorte de courrier du coeur du XVIIème siècle. Mais c'est qu'ils se
posaient de rudes questions !
Par exemple:
- pourquoi un beau sot est-il plus sot qu'un autre ?
C'est vrai ça, il ne faut pas oublier qu'à l'époque on n'était pas tapi
derrière son écran et relaxé au bénéfice du blog. Les gens étaient
d'abord beaux ou laids, et ensuite seulement ils parlaient.
Alors rêvait-on d'une perfection rhétorique ajoutée à la perfection des
traits, et le beau sot se rendait-il coupable du terrible crime de
déception ?
Ou n'écoutait-on vraiment attentivement que les beaux, aussi remarquait-on forcément leur éventuelle disgrâce spirituelle ?
Ou la laideur générait-elle à l'inverse une sorte d'empathie charitable
qui, passant du contenant au contenu par une sorte de capillarité
bienveillante, permettait d'exempter le laid sot de toute attente ?
On y trouvait encore:
- lequel vaut mieux, tenir une femme par le coeur ou par la tête ?
Moi j'aurais dit par la main, tout de même. On doit être moins possessif, maintenant.
Mais bon, vous avez peut-être votre idée, vous autres les filles, sur
la manière dont vous voulez qu'on vous tienne, en général ?
lundi 29 novembre
Hésiter ou ne pas hésiter ?
(Tentative de simulation de blog de fille, pour voir.)
(Pardon, les filles.)
Aujourd'hui, j'hésite.
Oui, il faut que je vous raconte.
Bien sûr la soirée d'hier avec B. était merveilleuse. Mais les soirées
avec B. sont tellement merveilleuses, que ça en devient ennuyeux. Cette
sorte d'assurance de perfection... J'aimerais presque qu'il se passe
quelque chose de travers, parfois. Un bel impondérable de derrière les
fagots. Un appel de T. par exemple, au moment du café ?
Pauvre T. qui ignore encore tout. Mais je ne peux me résoudre à lui
faire cette peine, aussi. Pauvre T., si fidèle et si fragile. En plus
nos dernières vacances étaient tellement merveilleuses. Cela faisait
bien longtemps que nous n'avions connu pareille harmonie. Tout allait
de soi. Tout était léger, et simple, et lumineux. Pourquoi juste cet
été ? Cette douceur si particulière à Hawaï, peut-être, après tous ces
juillets à Plougastel ? La vie est si mystérieuse.
Non,
vraiment, avouer à T. ! De toute façon, comment puis-je avouer
l'existence de B. à T. alors que je n'ai même encore rien dit de B. à
O. ? Et puis O., de toute façon, il est impossible de lui dire quoi que
ce soit en ce moment. C'est à peine si on se parle, même nos lundis.
Ah, nos lundis, quand j'y pense... vivement lundi.
A première
vue cela peut sembler compliqué ces histoires, mais en fait c'est
enfantin: il faut qu'on s'occupe un peu de moi. Sinon, je m'ennuie. Au
fond vraiment, oui si je me regarde vraiment vraiment, oui non avec le
regard objectif que pourrait avoir ma mère par exemple, hé bien en
réalité, j'ai besoin de vivre simplement. En fait je n'aspire qu'à une
seule chose, me retrouver enfin moi-même, voyez-vous, au lieu de
vouloir contenter chacun. Les hommes sont si compliqués, aussi.
Alors, moi qui aime tant la simplicité, à cause de cela aujourd'hui j'hésite.
Hé oui, pour le w.e. en Normandie, proposé si gentiment et depuis si longtemps, je lui dis quoi, à J-L. ?
mercredi 17 novembre
Blog-note pourpre
Dites, c'est vraiment égoïste, un blog, finalement.
Je vous dis ça, je viens juste de survoler une tripotée de blogs
d'égocentriques en phase active. Bon, des fois c'est bien raconté, faut
dire, alors là je dis pas.
Mais le pire, c'est les larmoyants.
Certains, on dirait que leur blog c'était ça ou la pendaison. Mais
quoi, personne ne les oblige à se regarder le nombril, si ça leur fait
cet effet-là.
Ils peuvent regarder dehors. Regarder les
autres. Consacrer leur moment d'astiquage neuronal à faire briller
quelqu'un d'autre. Un quidam par exemple. Voilà, un simple quidam.
Et même pas un quidam compliqué comme vous ou moi. Non, juste un simple qui passe.
- Tenez, vous là ! Oui non pas vous qui me lisez mais l'autre là,
derrière. Oui, voilà, vous. Venez donc un peu par ici. Ayez pas peur.
(Est-il timide alors, celui-ci ! J'ai jamais fait de mal à un quidam,
je vais pas commencer maintenant). Alors donc, vous qui passez,
préférez-vous que je vous parle de vous ou de moi ?
- ... (inaudible)
- De vous ? Mais n'ayez pas honte, c'est bien naturel. Merci bien en tout cas.
Le quidam, ayant brillé, s'éloigne.
Prêt à être de nouveau hélé.
Certes,
on le savait avant, mais, devant cette démonstration irréfragable, que
blogueurs et blogueuses ne l'oublient point: quand il vous lit, un
quidam, ce n'est pas vous qu'il veut découvrir, c'est lui.
Comme quand il écrit dans son blog.
mercredi 27 octobre
Blog-note inutile
Comme vous l'aurez observé, j'essaie d'alterner les jours avec et les jours sans.
Aujourd'hui, par exemple est un jour sans, puisqu'hier était un jour avec.
Demain, par conséquent, sera un jour avec (en plus d'être un autre jour, évidemment).
J'aime bien les deux, pour des raisons différentes que je vous
détaillerai peut-être à l'occasion d'un autre jour sans, mais je dois
avouer quand même une petite préférence pour les jours avec.
Remarquez tout ceci est un peu ridicule, parce que c'est moi qui décide, finalement, si c'est avec ou sans photo.
jeudi 21 octobre
Blog-note blanche
Journée blanche. Alors je n'ai rien écrit.
[Méfiez-vous de la logique irrésistible de la paresse, je viens presque de me faire avoir.]
dimanche 17 octobre
Blog-note atone encore
Et puis aujourd'hui aussi !
[On y prend vite goût, à relâcher, méfiance.]
Vivement lundi.
