jeudi 27 janvier
Calme ultime

Bateaux, de Piotr Kowalik.
On aurait presque une impression de fin de dimanche anglais, où même les bateaux s'ennuient.
S'il n'y avait au loin ce ciel étonnamment sombre, tout de même.
Alors, orage, incendie, nuée ardente, nul ne l'a jamais su.
On peut simplement constater que, ce jour-là, les barques s'étaient peureusement rapprochées.
Note: cette photo est la dernière qui nous soit parvenue de cet endroit.
mardi 25 janvier
Gel instantané

Un autre exemple du Canada d'Etolane, et des conséquences de ses grands froids à -35°.
C'est vrai qu'ils "sont faits forts, les québécois de campagne" comme elle dit.
Un petit quelque chose des marins du port d'Amsterdam, aussi ?
Ah non, eux, dans les étoiles ils se mouchaient, juste.
lundi 17 janvier
Vents étrangers

Bon tout le monde a vu Titan
ces jours-ci, mais avez-vous entendu, pendant la descente de Huygens
dans le brouillard empoisonné de l'atmosphère, les sons des vents étrangers ?
Ca ressemble à du vent de chez nous, avec un petit côté sauvage, en plus.
mercredi 12 janvier
Schbroumf et Fshhhh

Il y en a qui mâchouillent un gâteau pour revenir dans le temps, moi je regarde une image et alors j'entends des bruits.
En général, c'est assez simple l'association. Par exemple quand je vois
de la poudreuse, j'entends des skis dans la poudreuse. Ou, dans les cas
les plus complexes, un bruit très très lointain de remontée mécanique.
Donc ça ne me surprend pas trop, ces correspondances, et je ne
m'extasie pas pendant des pages avec des phrases à n'en plus finir.
Quoi, schbroumf ?
Ben oui ça fait schbroumf, des skis dans la poudreuse, au départ.
Et puis quand on a un peu de vitesse et qu'on enchaîne bien quelques
virages, le son change et devient fshhhh. Juste le vent.
Mais ces bruits entraînent à leur tour une plongée du corps dans
l'image, avec une poussée proportionnelle au poids des souvenirs
déplacés.
C'est que par instants, à cause de la vitesse,
les skis s'entrechoquent, avec vous savez ces quelques claquements un
peu amortis qu'on entend si distinctement en montagne; mais s'installe
également, au fur et à mesure que la pente se déroule, cette
merveilleuse sensation de voler sur un tapis de neige, laquelle vient
jaillir jusqu'aux hanches, parfois jusqu'au visage, en gerbes glacées
d'étincelles, jusqu'à ce qu'apparaissent, les grands jours, ces
passages d'exception où, lorsque le rythme, la pente et les relances
s'harmonisent, le renvoi d'un virage sur l'autre se fait sans plus
aucun effort, comme si, porté par un souffle invisible, on suivait sans
faillir l'éternité d'une courbe infiniment aimée des dieux.
Et dire qu'il va falloir encore faire la queue pour les forfaits.
lundi 10 janvier
Le choix des aubes

Dans cette image s'est caché un lutin des aubes.
On ne le voit pas bien, mais il y est forcément: c'est la saison.
En fait il y a ceux qui le voient et ceux qui ne le voient pas. Et puis
ceux qui croient le voir, pour faire plaisir à ceux qui le voient sans
affliger ceux qui ne le voient pas.
Alors faites comme vous voulez, de toute façon on sait à quoi s'en tenir, le lutin et moi.
lundi 03 janvier
USS Dobeliou

Il y avait les porte-avions, les porte-hélicoptères, voici maintenant la dernière merveille de la marine US.
Il s'agit du plus grand porte-voitures du monde, baptisé, selon la
tradition pour ces bâtiments, du nom d'un président américain.
On voit d'ailleurs distinctement les pistes de décollage au fond à droite de la passerelle.
samedi 01 janvier
Forêt post-sylvestre (fragment)

Voici un modeste bouquet de fleurs vivantes pour mes visiteuses du
soir, de la nuit, et parfois de la journée, en remerciement de leurs
charmantes apparitions sur ce blog, l'an passé, et en frais ornement de
mes voeux qui "au loin les suivent", comme dit le Louis.
Vous
avez vu les feuilles au-dessus ? Elles ressemblent certainement à du
gui (c'est vert aussi, non?) Alors, les filles, vous pourrez même en
profiter pour venir bisouiller quelque élu devant ma page le 31 à
minuit, heure de plopage des parfums de ce bouquet.
Pour
ceux qui ne connaissent pas ce terme mais en meurent d'envie, et ils
sont au moins six milliards puisqu'il n'existait pas il y a une
micro-seconde, l'heure de plopage est l'instant féérique où cette note
fleurie, rédigée par précaution avant les ivresses de la
saint-sylvestre, mais encore invisible par la magie d'un concours de
circonstances, apparaîtra d'un coup au milieu des serpentins.
Je dis ivresses, car au lieu de badoit verte, je boirai de la badoit
rouge ce soir-là. Les bulles sont plus fortes et font tourner la tête
aux esprits les mieux avertis. Mieux vaut écrire avant qu'après.
Je dis concours de circonstances parce que c'est le meilleur nom que j'ai trouvé pour un logiciel qui fonctionne comme prévu.
Ah, le bouquet ? Il vient d'une île méditerranéenne. Non pas celle-là,
une bien plus petite. Mais il a bien supporté le voyage. Même pas fané.
Ce qui est bien avec un bouquet vivant, c'est que comme les fleurs sont
encore accrochées aux arbres, il reste pimpant hors saison, voyez.
Non, ce n'est pas que j'aie l'intention de me resservir du même l'an
prochain, non plus. C'est juste que vous pourrez venir en dessous toute
l'année, les filles !
(En-dessous du bouquet ou en dessous de soie, c'est vous qui voyez.)
mardi 28 décembre
Réflexion orange

Une "réflexion orange" de Piotr Kowalik.
Non, ce n'est pas ukrainien, ni post-halloweenien, ni marmeladien
d'abricot. Ce n'est même pas un bâton touilleur oublié dans un bassin
de tétrachlorofluorure d'isopropyltoluène soufré. Ce n'est pas non plus
le sommet de la tour Eiffel un jour de grande pollution estivale, même
si ça fait un peu chimique.
C'est juste une réflexion orange, comme il dit.
Certains ont des réflexions à brûle-pourpoint, ou à tout bout de champ, mais pas lui. Lui c'est des réflexions orange.
A priori on pourrait croire qu'une banale réflexion orange renvoie
moins bien une image qu'un miroir glacé. En fait non. On s'y voit
mieux. L'esprit se noie dans la couleur et s'accroche au premier
morceau de bois qui passe. Et c'est une fois accroché qu'il s'échappe,
appuyé sur cette seule forme reconnaissable.
On se demande
en effet ce qu'il fiche là, ce bâton. Pourquoi il est fiché là, plus
précisément. Etait-ce intentionnel ? Parce qu'il n'y a que l'intention
qui compte, en photo. Et cet angle, surtout ? Ben oui tiens, pourquoi
cet angle ? On dirait celui d'une flèche qui vient de se planter en
vibrant avec un message attaché au bout. Ou alors c'était une pancarte
qui a été arrachée par un collectionneur de pancartes profitant d'une
brume complice. Alors on se perd un peu dans quelques réflexions sur
les messages, les signes de piste, les collectionneurs, les brumes et
les complicités.
Et puis en reculant un peu, on imagine une mouette, ou une déchirure, ou une inégalité.
Une
inégalité vérifiée: l'espace vide à gauche du signe est bien supérieur
à l'espace vide à droite. Une inégalité auto-démontrée. Et qui
s'applique à la photo tout entière. Une inégalité réflexive.
En
reculant encore, on aperçoit juste une légère imperfection dans un
rectangle orange. C'est suffisant pour attiser la curiosité. Peut-être
faudrait-il s'approcher de nouveau ?
Et quel autre morceau de nous-même allons-nous y trouver planté, nous attendant ?
mercredi 22 décembre
Calme jaune

Le calme jaune est plus reposant encore que le calme plat.
Ca vous ralentirait même un clapotis de barque, le calme jaune.
lundi 20 décembre
L'instant d'avant

Ceci est une autre image d'Eric Kellerman.
Je crois que tout vient de la position du genou.
Le
regard est d'abord attiré par ce genou rond qui dépasse, au creux du
coude. Il descend jusqu'au pied tendu puis glisse enfin derrière, sur
le galbe enchanteur de la cuisse posée.
Cette asymétrie induit un début d'instabilité, une amorce de mouvement.
De
surcroît, puisque rien ne bouge, c'est évidemment à cause d'une tension
musculaire intense. En prélude à un équilibre sur les bras, par
exemple. Avec cette contraction abdominale et sans doute un léger
regroupement des jambes avant la montée des hanches et puis le
déploiement.
D'ailleurs la gymnaste n'a-t-elle pas déjà un
peu basculé sur les bras, c'est à peine si on devine l'ombre sous son
pied ? Mais en dépit de notre souhait de la voir se renverser et tendre
son corps, là sous nos yeux, rien ne se passe.
Rien ne peut
se passer: elle est posée. Etrangement posée, certes, et avec
l'impossibilité de prendre appui sur ces orteils ainsi retournés.
Alors cette position étonnamment résignée devient mystérieuse.
Vers quoi prolonger cette ébauche de geste ?
