mercredi 12 janvier
Schbroumf et Fshhhh

Il y en a qui mâchouillent un gâteau pour revenir dans le temps, moi je regarde une image et alors j'entends des bruits.
En général, c'est assez simple l'association. Par exemple quand je vois
de la poudreuse, j'entends des skis dans la poudreuse. Ou, dans les cas
les plus complexes, un bruit très très lointain de remontée mécanique.
Donc ça ne me surprend pas trop, ces correspondances, et je ne
m'extasie pas pendant des pages avec des phrases à n'en plus finir.
Quoi, schbroumf ?
Ben oui ça fait schbroumf, des skis dans la poudreuse, au départ.
Et puis quand on a un peu de vitesse et qu'on enchaîne bien quelques
virages, le son change et devient fshhhh. Juste le vent.
Mais ces bruits entraînent à leur tour une plongée du corps dans
l'image, avec une poussée proportionnelle au poids des souvenirs
déplacés.
C'est que par instants, à cause de la vitesse,
les skis s'entrechoquent, avec vous savez ces quelques claquements un
peu amortis qu'on entend si distinctement en montagne; mais s'installe
également, au fur et à mesure que la pente se déroule, cette
merveilleuse sensation de voler sur un tapis de neige, laquelle vient
jaillir jusqu'aux hanches, parfois jusqu'au visage, en gerbes glacées
d'étincelles, jusqu'à ce qu'apparaissent, les grands jours, ces
passages d'exception où, lorsque le rythme, la pente et les relances
s'harmonisent, le renvoi d'un virage sur l'autre se fait sans plus
aucun effort, comme si, porté par un souffle invisible, on suivait sans
faillir l'éternité d'une courbe infiniment aimée des dieux.
Et dire qu'il va falloir encore faire la queue pour les forfaits.
Commentaires
Calligraphies d'hiver.
Ca me fait penser au bruit de la plume Sergent Major sur la feuille blanche de Marcel...
Celui des ongles..
sur un tableau noir... Maîtresse Sélène...
Mado >> savez-vous que la "corona" italienne était d'une souplesse réputée (rien à voir avec la corona mexicaine) ?
Sélène >> le bruit de la craie, ça me rappelle une prof qui nous punissait en nous envoyant sous son bureau. Evidemment, au printemps, avec ses robes légères, ceci engendrait un chahut indescriptible.
Je suis toujours intriguée comment chacun peut percevoir les sons de manière différente. J'aime beaucoup ce "Fshhhh" qui appelle des images à ma mémoire! :)
Etolane >> sans doute le bruit du gruyère du Jura en train de fondre ? :)
Un petit bruit de rien
Et voilà que vous rameutez tout le monde !
Voyez comme c'est sensitif le petit monde virtuel !
Vous voilà meilleur glisseur que piéton ... et c'est juste une impression sonore qui me fait dire ça !
O4vents >> on pourrait croire qu'il suffisait de monter sur les planches ...
Et les odeurs, alors ?
Les images ne drainent-elles pas aussi pour vous, leur poids d'odeurs, de parfums ?
Voyez, jeudi soir, suis allée voir les premiers courts-métrages de Polanski. Il y en a un dont toute l'action se déroule dans des pissotières, à Varsovie. Tout le monde a trouvé ça magnifique, la vieille dame-pipi qui se souvient de ses amours anciennes avec un fringant soldat qui innocemment perd son casque, dans la mare, pendant qu'ils...enfin bref.
Et moi, j'ai un nez qui a beaucoup d'imagination.
Ce fut rude.
(Bravo pour vos titres.)
Bibi >> une dame-bibi dans un betit film de Bolanski, que de béribéties !
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