Saint-Lunaire et les mystères de l'existence

Variations imprévisibles sur l'existence et ses produits dérivés.

mardi 21 décembre

Songe d'une nuit d'hiver

La scène se déroule dans une étrange clarté, sous une lumière hésitant entre le rouge sombre et le rouge noir.

Au milieu de l'image est assise une brune aux épaules graciles et parées de fines bretelles, de soie légère, qu'on imagine se prolonger par un vêtement, sans doute une nuisette; mais on ne la voit pas dans le champ de vision du rêveur.

Sauf lorsque la fille se renverse sur son dossier en s'étirant. Elle vient juste de le faire, pour la première fois. On s'aperçoit alors qu'elle porte bien quelque chose qui ressemble à une nuisette.

Par jeu, ou par envie, ou parce qu'on le lui demande poliment, ses bretelles l'une après l'autre glissent. Au début elle les remonte parfois. Un peu plus tard, par lassitude sans doute, elle ne les remonte plus. Si elle les laissait glisser encore, elle pourrait certainement se trouver dénudée jusqu'à la taille. Le rêveur y songe, bien sûr, même s'il ne peut rien voir. Il ne pourrait que le deviner, ou se le faire confirmer par des observateurs locaux mieux placés, s'il y en avait. Mais il n'y en a pas.

Alors, elle les laisse glisser encore. On aurait pu croire qu'elle aurait accéléré leur chute d'un léger mouvement des bras. C'est très possible, car elle doit savoir que le rêveur ne voit rien, de toute façon.

Il est même envisageable qu'elle aime l'idée d'être désormais nue jusqu'à la taille alors qu'il ne peut rien voir de sa nudité, ni du léger frémissement qui parcourt déjà sa poitrine.

C'est ce que se plaît à penser le rêveur en tout cas. Il l'imagine vêtue de ce simple frisson invisible. Et il l'imagine imaginant sur elle ses yeux à lui. Et il rêve de la voir s'étirer de nouveau, exprès pour lui.

Par jeu, ou par envie, ou par simple nécessité peut-être, la voilà qui s'étire de nouveau, bien renversée en arrière cette fois, les mains sous la nuque, nue jusqu'à la taille. Et qui s'étire longuement, comme exprès pour lui.

Comme si elle attendait ses yeux sur elle, aime-t-il penser.

S'ensuit une succession d'images folles, superposées dans le souvenir du rêve.

Il y a le flou parfait de sa chevelure, son visage attentif et troublant, ses regards d'avant, et ses yeux clos d'ensuite, et ses regards d'après. Car il y a un avant, un pendant et un après, dans ce rêve. Il y a qu'elle se renverse de nouveau dans son dossier. Et qu'elle ne peut certainement plus ignorer la présence du rêveur qui l'observe. Et qu'elle en profite, même, on s'en rend bien compte. Il y a que par jeu, ou par envie, courent ses mains effilées sur sa bouche, sur son cou, sur ses épaules, sur ses seins, sur son corps qui frissonne, et courent et disparaissent hors-champ et reviennent, et s'en vont et reviennent, jusqu'à ce que son corps ne frissonne plus, et que sa respiration s'apaise, et que ses yeux clos s'ouvrent de nouveau. Et que ses yeux d'après scintillent de mondes parcourus.

Le rêveur regarde ces mains voyageuses, ses mains d'avant sur ce clavier devant elle, piano ou ordinateur, quelle importance, et puis ses mains d'alors sur son corps tendu, et puis ses mains d'après, sur le clavier encore, ses mains d'après son corps, ses mains qui gardent son souvenir profond d'elle sur elles, et qui pourtant volent sur les touches apporter leur musique au rêveur.

Il s'éveille alors, sans doute, mais ne sait plus vraiment s'il rêve d'un éveil, ou bien s'éveille émerveillé d'avoir, ou pas, rêvé.

Note émise par saint_lunaire à 00:00 - Couleurs de ville - Commentaires [6] - Permalien [#]

Commentaires

    adepte du ludisme?

    Posté par Epsilon, mercredi 22 décembre à 13:44
  • L'essayer c'est l'adepter !

    Posté par saint_lunaire, mercredi 22 décembre à 19:34
  • U...Topique

    Parlez moi..de votre mère...

    Posté par Sigmund, vendredi 24 décembre à 09:31
  • Je peux voir votre carte de détective ?

    Posté par saint_lunaire, lundi 27 décembre à 14:19
  • Me laisse reveuse

    "Je fais souvent ce reve etrange et penetrant..."
    Trop precis pour etre juste un reve d'endormi, voila un vrai reve de reveur, d'idealiste, d'amoureux de moments parfaits...
    Peignez vous là une scene qu'il vous plairait de surprendre? Ca ressemble plutot au fantasme d'une femme qui, seule, créerait le voyeur pour que le secret troublant de ses caresses solitaires ne reste pas sans spectateur et ne soit pas perdu, emotion, grace, intensité, à la poesie d'un regard esthete...

    Posté par Aurélie, vendredi 11 février à 14:20
  • Aurélie >> en effet, ce n'est pas un rêve endormi. Alors, rêvé éveillé(1), ou souhaité(2), ou vraiment vu(3), que le mystère demeure...
    Au fait, pour l'hypothèse (2), faites-moi penser à vous laisser mon email privé, à l'occasion.

    Posté par saint_lunaire, vendredi 11 février à 19:22

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